7 Août 2008
par Serge Farnel

Dans une interview accordée ce jeudi 7 Août 2008 au journaliste Olivier
Rogez pour « Radio France International » (RFI), l’amiral français
Jacques Lanxade, chef d’état-major des armées en 1994 à l’époque du
génocide à l’encontre des Tutsi du Rwanda, a répondu aux accusations à
son encontre formulées au sein du rapport émanant de la Commission
nationale indépendante rwandaise sur l’implication de la France dans
ledit génocide, un document rendu publique le 5 Août dernier.

Reprenant un article publié dans la livraison du quotidien français
Libération en date du 2 février 1998, le rapport indique que « selon les
confidences faites à des journalistes par un officier français qui a
requis l’anonymat, l’ordre de ne pas arrêter les massacres fut donné par
l’Amiral Lanxade et/ou par le général Christian Quesnot. » Le document
consigne un extrait de ladite confidence : « Avant de partir au Rwanda,
je passais prendre mes notes chez Lanxade puis mes consignes à l’EMP
(Etat-major particulier du Président de la République) ».

L’amiral français, aujourd’hui à la retraite, a démenti, au micro de
RFI, avoir donné un tel ordre consistant à ne pas empêcher les premiers
massacres qui eurent lieu au moment où se déployait, à partir du 9 avril
1994, l’opération Amaryllis d’évacuation des ressortissants étrangers.

« Ceci est complètement inexact. », a-t-il déclaré à RFI, avant de
poursuivre qu’ « Amaryllis avait pour objet d’évacuer les Français et
plus largement les ressortissants étrangers de Kigali dans une période
d’extrême tension, mais il n’y avait à ce moment là », selon l’amiral, « 
aucune indication (de massacres), il y avait des combats dans Kigali
entre l’armée rwandaise et le FPR » (le Front patriotique rwandais).

L’officier mis en cause a ajouté que « comme dans tous ces combats, dans
ces régions, il y avait des exactions des deux côtés et la mission de
l’armée française était très clairement : vous devez évacuer les
ressortissants étrangers et ensuite vous vous retirez. Ce que nous avons
fait ».

Or le 25 janvier 2008, l’Agence Rwandaise d’Information avait révélé,
par le biais de son correspondant en France qui n’est autre que l’auteur
de la présente tribune, une note confidentielle que la mission
d’information parlementaire pour le Rwanda n’avait, quant à elle, pas
tenu à rendre publique en 1998, et qui, mis en perspective avec les
dernières déclarations de l’Amiral Lanxade, démontre l’intention de ce
dernier de tromper l’opinion.

Cette note (N° 018/3°RPIMa/EM/CD) que l’officier Henri Poncet, alors
commandant de l’opération Amaryllis, lui avait adressé le 27 avril 1994,
fait part du « souci permanent de ne pas montrer aux médias des soldats
français limitant l’accès aux centres de regroupement aux seuls
étrangers sur le territoire du Rwanda ».

Le document indique qu’il s’agit là des provisions consignées dans la
Directive n°008/DEF/EMA du 10 avril. Dans cette même note, Poncet fait
part de l’autre « souci permanent de ne pas montrer aux médias des
soldats français n’intervenant pas pour faire cesser des massacres dont
ils étaient les témoins proches. » Or c’est bien à son supérieur
hiérarchique, l’Amiral Lanxade, que Poncet adressait cette note dans
laquelle il lui faisait part de son respect de la consigne consistant à
ne pas intervenir pour faire cesser les massacres.

Et l’Amiral Lanxade n’était alors pas sans savoir qu’il s’agissait là de
la mise en oeuvre d’un génocide à l’encontre des Tutsi. En effet, l’ordre
d’opération Amaryllis lui-même, en date du 8 avril 1994, consigne que « 
pour venger la mort du président Habyarimana (.) les membres de la Garde
présidentielle [rwandaise, ndlr] ont mené dès le 7 matin des actions de
représailles dans la ville de Kigali. » Ce document indique par ailleurs
explicitement que lesdites représailles incluaient l’ « élimination des
Tutsi. » »

Aussi l’ordre d’opération Amaryllis établit-il que l’Etat-major
français, qui en est l’auteur, savait au moins dès le 8 avril que le
génocide à l’encontre des Tutsi venait de commencer et qu’il était
orchestré par le gouvernement intérimaire rwandais formé au sein même de
l’ambassade de France à Kigali. La récente déclaration de Lanxade selon
laquelle il n’y aurait eu, au cours de l’opération Amaryllis, « aucune
indication (de massacre) », ou bien qu’il y aurait alors eu « des
exactions des deux côtés », est donc, au regard du contenu de l’ordre
d’opération Amaryllis, émanant également de la Défense française, une
déclaration mensongère.


Publié le 7 Août 2008 par Serge Farnel

Rwanda News Agency | Agence Rwandaise d’Information

Kigali

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Jacques Lanxade (né à Toulon le 8 Septembre 1934) est un ancien amiral de la Marine française, ancien chef-d’état-major des armées françaises, de 1991 à 1995 ; ancien chef-d’état major particulier du président de la République, de 1989 à 1991.

Petit-fils de l’amiral René Lanxade, il est diplômé ingénieur de l’Ecole Navale et de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris-Dauphine, il devient Vice-amiral en 1987. Chef du cabinet militaire d’André Giraud puis de Jean-Pierre Chevènement alors Ministres de la Défense, il devient Chef d’Etat-major particulier du Président de la République François Mitterrand (1989-1991), puis Chef d’Etat-Major des Armées (1991-1995).

Il obtient le grade d’amiral en 1990.

Quelques mois après le génocide, en 1995, il est nommé ambassadeur en Tunisie où il restera jusqu’en 1999. Il est par ailleurs président de la Fondation méditerranéenne pour la recherche stratégique.

Mis en ligne par :   Serge Farnel

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