Communiqué
Rwanda, RDC, Burundi : il serait temps de changer de politique

Des plaintes sont enfin déposées contre l’armée française pour son comportement en 1994 « au cœur du génocide des Tutsi ».
Ce travail de justice est d’autant plus important que la machine criminelle qu’il vise est toujours opérationnelle, comme aujourd’hui au Burundi, où les héritiers des génocidaires de 1994, les FDLR, participent avec les milices imbonerakure – formées sur le modèle des milices interahamwe du général Rosier.

Des plaintes sont enfin déposées contre l’armée française pour son comportement en 1994 « au cœur du génocide des Tutsi ».

L’une vise l’Etat, pour avoir fourni des armes aux génocidaires, avant, pendant et après le génocide, et ce en toute connaissance de cause, ainsi que l’établissent des documents présentés par les plaignants. L’autre désigne nommément deux officiers.

L’un d’entre eux, Jacques Rosier, porte des responsabilités non seulement pendant l’opération Turquoise, au sein de laquelle il était en charge du secteur où seront facilités les derniers massacres de Tutsi.

Mais Rosier connaissait déjà le Rwanda pour y avoir été précédemment responsable de la formation des milices, ces mêmes milices qui terminaient le « travail » fin juin à quelques kilomètres d’un poste avancé de son dispositif. Un deuxième officier incriminé serait Marin Gillier, commandant de ce poste de Gishyita, et à ce titre directement responsable de l’abandon des Tutsi massacrés sous ses jumelles pendant trois jours où il s’opposera à toute opération de sauvetage des derniers résistants encore rescapés de ce qu’on a appelle le « ghetto de Varsovie » rwandais. On estime qu’il en restait alors à peine 2000 sur les 50 à 70 000 qui étaient parvenus à résister jusqu’aux approches de la mi-mai.

Espérons que dans son élan la justice pousse jusqu’à enquêter sur ce qui s’est passé alors, les 13, 14 et 15 mai, pour le grand massacre, qui aura ainsi fait plus de 50 000 victimes, et auquel des dizaines de témoins rapportent avoir vu participer des soldats « blancs », “français” à des « mercenaires » selon les analystes à, maniant avec une efficacité redoutable mortiers et mitrailleuses.

Oui, que la justice pleine et entière se fasse. Félicitons l’initiative des associations plaignantes, au premier rang desquelles Survie, efficacement renforcée par la FIDH et la LDH.

Ce travail de justice est d’autant plus important que la machine criminelle qu’il vise est toujours opérationnelle, comme aujourd’hui au Burundi, où les héritiers des génocidaires de 1994, les FDLR, participent avec les milices imbonerakure – formées sur le modèle des milices interahamwe du général Rosier –, avec le renfort d’une garde présidentielle qui constitue le fer de lance du dispositif complété par une police politique – le « SNR », service national de renseignement, le redouté « Renseignement » –, pire encore que celle encadrée jadis par le colonel Michel Robardey à Kigali.

Comme en 1994, le Conseil de sécurité de l’Onu se hâte lentement, la France ayant activement participé à bloquer les sanctions contre le régime de Nkurunziza qui est maintenu à bout de bras par l’assistance internationale. Comme en 1994, il est question maintenant d’une intervention très ambigüe des Forces de maintien de la paix, dont la véritable fonction pourrait bien être de sauver le régime contre son opposition. Il y a tout lieu de le craindre quand on sait qu’il n’y a pas si longtemps, leur patron, le Français Hervé Ladsous, détournait des stocks dont il dispose en surabondance en RDC voisine, pour fournir en armes, y compris en grenades, les forces de répression de Nkurunziza.

Comme en 1994, la meilleure façon de combattre un régime criminel est d’abord d’arrêter de le soutenir. De ce point de vue, il est plus que regrettable que la communauté européenne ne se soit pas engagé dans la voie de sanctions économiques sérieuses. Celles-ci pourraient être particulièrement efficaces, quand on sait que les salaires des fonctionnaires reposent sur l’aide de Bruxelles. Des observateurs soulignent que le régime tomberait comme une pomme mûre s’il ne pouvait, demain, payer sa police et sa garde présidentielle.

Au lieu de prendre de telles mesures qui s’imposent si on ne veut pas que le Burundi s’enfonce dans la guerre civile, la France maintient son alliance stratégique avec les forces génocidaires qu’elle sera parvenue à soutenir continûment depuis bientôt un quart de siècle.

Rappelons le précédent épisode, au Kivu voisin, où une brigade offensive de l’Onu est intervenue pour chasser de la région le M23, avec le renfort des FDLR que l’Onu avait pourtant mandat de pourchasser également au titre de ce qui aura été qualifié de « forces négatives ». Hervé Ladsous, quatrième français consécutif patron des Forces de maintien de la paix de l’Onu, aura jusqu’ici fait obstacle à ce que l’action onusienne aille à son terme. Et ce sont ainsi des FDLR regonflées qui interviennent au Burundi au risque de déstabiliser ce pays.

Si des éléments de la brigade offensive de l’Onu étaient amenés à intervenir au Burundi, il est à craindre que se reconstitue la même alliance avec les FDLR déjà expérimentée au Kivu contre le M23, cette fois contre l’opposition burundaise, avec comme seul objet de soutenir le régime criminel de Nkurunziza.

On aimerait en savoir plus sur la coopération policière et militaire franco-burundaise dont il a été dit qu’elle aurait été suspendue en 2015.
En quoi consistait-elle jusque-là ?
Est-il bien certain que celle-ci n’est plus opérationnelle ?
Quels sont donc les principes et méthodes inculqués par la coopération française ?
N’y a-t-il pas lieu de regretter que les bénéficiaires de cette coopération se caractérisent par l’extrême violence de leurs pratiques ?
Surtout, soulignons encore que c’est en faveur de politiques ethnistes et génocidaires que Paris déploie tellement d’efforts.

Il serait temps de changer de politique.


Mis en ligne par :   Michel Sitbon

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