Interview de Mehdi Ba

Il y a dix ans exactement, en mars 1998, se réunissait
la Mission d’information parlementaire “sur les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994”.

Six mois plus tard, à l’heure de la remise de son rapport, son président,
le socialiste – réputé mitterrandien – Paul Quilès, osait prétendre que ce gros travail parlementaire permettait de conclure à décharge de la responsabilité française.

« La France n’est nullement impliquée dans ce déchaînement de violences », dira-t-il.
Pourtant, en cherchant bien, on pouvait lire dans le rapport que l’armée française est « intervenue sur le terrain de façon extrêmement proche des FAR. Elle a, de façon continue, participé à l’élaboration des plans de bataille,
dispensé des conseils à l’état-major et aux commandements de secteurs »
...

« Dans un tel contexte de reprise en main, il n’est guère étonnant
que certains responsables militaires français aient pu avoir le sentiment
de construire une armée, dont il fallait de surcroît s’assurer
qu’elle serait régulièrement alimentée en munitions »
...

Sur des points de “détail” on voyait là confirmé que « les forces françaises » avaient pu mettre en place, « sur ordre de l’état-major des armées »,
« un dispositif de surveillance des accès de Kigali très développé »
afin de « prévenir les infiltrations du FPR »...

« Cette surveillance active, sous forme de patrouille et de “check-points” », « conduit incontestablement à pratiquer des contrôles sur les personnes », remarquaient, gênés, les parlementaires.

Le fait qu’il s’agisse alors de procéder « à la “remise de tout suspect…
à la disposition de la Gendarmerie rwandaise” »
indiquait bien
« un engagement des forces françaises dans des opérations de police »
« qu’il était préférable de ne pas mettre en évidence »,
pouvaient même souligner les rapporteurs.

Paul Quilès n’aurait vu là que « les erreurs et les maladresses de la France »
– qui ne devaient pas faire « oublier et sous-estimer le rôle des autres acteurs »... Il pouvait surtout se féliciter de ce que c’était bien « la première fois que le Parlement enquêtait sur le prétendu “domaine réservé”
que constituent la défense et la politique étrangère »
.

C’était il y a dix ans.

Le 24 mars, la “mission d’information” commençait ses auditions.

Le lendemain, le président des États-Unis, Bill Clinton,
faisait une visite éclair à Kigali, pour prononcer son mea-culpa
– de n’avoir rien fait pour empêcher le génocide annoncé des Tutsi du Rwanda.

Dix ans plus tard, lorsqu’un ministre des Affaires étrangères français,
Bernard Kouchner, voudra faire un semblable voyage,
ce sera pour s’enfermer dans le déni
– à l’image des conclusions de Paul Quilès,
ou des déclarations répétées de Nicolas Sarkozy suivant lesquelles
la France n’aurait pas « commis de génocide »...

Dix ans plus tard, c’est l’heure de revenir sur cette “occasion manquée”
d’un examen parlementaire qui, avec juste un peu plus de bonne volonté,
aurait pu aller au bout de la vérité.

C’était en tout cas le sentiment du député communiste Jean-Claude Lefort,
un des rares parlementaires qui aura donné l’impression
de s’intéresser sincèrement à comprendre ce qui avait bien pu se passer.

Aujourd’hui à la retraite, il aura livré ses souvenirs à Mehdi Ba.

Et pour cette anniversaire amer, La Nuit rwandaise est en mesure de publier
– pour la première fois – les “notes” de Jean-Claude Lefort à la MIP, témoignage d’une recherche de la vérité qui, manifestement, n’animait pas tout le monde...

Surtout, le témoignage de l’ancien parlementaire communiste permet-il de comprendre pourquoi son parti aura accepté de signer, malgré lui, le rapport Quilès :

« Tous étaient animés par un raisonnement qui, en France,
a beaucoup d’impact : la main des Américains traînait quelque part, disait-on, et il fallait faire bloc derrière la France pour exonérer totalement notre pays
de quelque implication que ce soit. »

La messe est dite.

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Titre : « La mission d’information parlementaire est passée à côté d’une vérité qu’il lui fallait rechercher coûte que coûte »
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