Interview du président Paul Kagame
par Serge Farnel

Paul Kagame : « (...) les faits ne dépendent pas de ce que dit Kouchner. La vérité dépend des faits sur le terrain. Ainsi dans le cas particulier qui nous concerne, je ne dépends pas de Kouchner ou de n’importe qui d’autre aux commandes de la France. Je dépends des faits que je connais. J’étais moi-même ici. Même Kouchner s’y est rendu [au Rwanda] à cette époque. Mais moi, j’y ai toujours été. Il y en a d’autres qui connaissent les faits. Les faits parlent d’eux-mêmes. Je lui pardonne, mais cela ne dépend pas de lui. »

Traduction des questions posées par Serge Farnel au président Paul Kagame.

L’actuelle position du ministère français des Affaires étrangères a été exprimée par Bernard Kouchner depuis maintenant presque deux ans. Elle consiste en la reconnaissance d’un unique génocide, le génocide des Tutsi, qui est clairement exprimé. Mais Bernard Kouchner a déclaré, au même instant, qu’il n’a jamais dit que l’armée française était en quelque manière impliquée dans le génocide et ne le dira jamais. Ma question est la suivante : attendrez-vous qu’il se contredise pour améliorer réellement les relations entre les deux pays ?

Paul Kagame : Bien, parfois, j’arrive à comprendre pourquoi les gens disent certaines choses ou se comportent d’une certaine manière. Je pense qu’ils tiennent alors comptent de leur propre électorat. Ainsi ils doivent parfois être politiquement correct, pas correct dans les faits, mais doivent apparaître comme politiquement correct. Peut-être donc tentent-ils d’être politiquement correct. Mais les faits ne dépendent pas de ce que dit Kouchner. La vérité dépend des faits sur le terrain. Ainsi dans le cas particulier qui nous concerne, je ne dépends pas de Kouchner ou de n’importe qui d’autre aux commandes de la France. Je dépends des faits que je connais. J’étais moi-même ici. Même Kouchner s’y est rendu [au Rwanda] à cette époque. Mais moi, j’y ai toujours été. Il y en a d’autres qui connaissent les faits. Les faits parlent d’eux-mêmes. Je lui pardonne, mais cela ne dépend pas de lui.

Oui, mais il représente officiellement la France. Il n’est pas que Bernard Kouchner. Il est le ministre des Affaires étrangères.

Paul Kagame : Je sais . Je contextualise tout cela. Nous continuerons à mettre sur la table ce que nous avons comme faits ou comme spéculations ou bien encore ce que les gens disent pour différentes raisons. Nous mettrons tout cela sur la table et verrons bien ce qui en sortira.

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La décision de poursuivre des officiels français pour génocide est maintenue

Le chef de l’Etat rwandais, Paul Kagame, a déclaré que « les faits [relatifs au génocide des Tutsi] ne dépendent pas de ce que dit Kouchner », précisant que « la vérité dépend des faits sur le terrain », a établi l’Agence Rwandaise d’Information (ARI).

Il répondait ainsi à une question posée par le journaliste français Serge Farnel de savoir s’il attendait que le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, reconnaisse l’implication de la France dans le génocide des Tutsi pour participer à améliorer les relations diplomatiques entre Paris et Kigali.

Le chef du Quai d’Orsay reste en effet à ce jour sur la ligne consistant à affirmer qu’il n’a jamais dit que l’armée française était en quelque manière impliquée dans le génocide et ne le dira jamais.

Paul Kagame a toutefois ajouté lui « pardonne(r) » ces propos, précisant par ailleurs « arrive(r) à comprendre pourquoi les gens disent certaines choses ou se comportent d’une certaine manière. Je pense », a ajouté le président du Rwanda, « qu’ils tiennent alors compte de leur propre électorat. » Paul Kagame a conclu : « Nous continuerons à mettre sur la table ce que nous avons comme faits et spéculations et verrons bien ce qui en sortira ».

Le président rwandais a, par ailleurs, affirmé que son pays n’avait pas renoncé à sa décision d’engager des poursuites judiciaires à l’encontre des hauts politiques et militaires français désignés dans le rapport Mucyo sur l’implication de la France dans le génocide des Tutsi.

« Il n’est jamais trop tard pour prendre des options. Il est important de choisir la façon dont vous approchez certains problèmes. Il vous faut optimiser le bénéfice et l’impact des options que vous prenez. Cela ne veut pas dire que nous ne ferons rien. Parfois, le temps aide à faire ressortir ces options », a déclaré le Chef de l’Etat rwandais.

La Commission Mucyo qui a enquêté pendant dix-neuf mois sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi a rendu son rapport en août 2008. Ce dernier désigne 33 personnalités françaises, 13 hommes politiques et 20 militaires, comme étant les plus impliquées dans le génocide.

En novembre 2008, le parquet général affirmait que tout était prêt pour la délivrance des mandats d’arrêt contre les officiels français indexés mais rien n’a été fait en ce sens à ce jour.

La décision de la magistrature rwandaise était intervenue après l’arrestation en Allemagne de la directrice du protocole du président rwandais, Rose Kabuye, sur base d’un mandat d’arrêt émis par la France.

L’attentat contre l’avion de l’ancien chef de l’Etat rwandais est considéré comme l’élément qui donna le signal de déclenchement du génocide des Tutsi préparé en amont par le gouvernement putschiste. Un million de Tutsi trouveront la mort dans ce génocide au cours du printemps 1994.


•• Serge Farnel, invité du journal de la radio rwandaise Contact FM :

http://www.dailymotion.com/video/x8yi7d_farnelcontactfm_news

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