UMURINZI
par Jean-Claude Ngabonziza

En juillet 2010, le Rwanda a remis des médailles honorifiques aux citoyens non-rwandais qui, dans le passé, se sont illustrés de façon exceptionnelle, par des gestes qui auraient pu faire échouer le projet génocidaire.

Comme on le sait, les actes de ces personnes éprises d’humanité furent largement dépassés par l’ampleur de l’insouciance des puissances, pour lesquelles la perte de plus d’un million d’Africains constituait un détail insignifiant dans l’équation des intérêts à défendre.

Les efforts salués ont été déployés avant et pendant et après l’hécatombe de 1994. Dans tous les cas concernés, c’est à titre personnel et pour leurs gestes humains que ces personnes ont été honorées. Parmi les personnalités décorées ont retrouve : Roger Winter et Donald Payne, deux américains qui ont lutté pour que le Congrès réagisse et demande l’arrêt des atrocités de 1994. Kigali a aussi salué les efforts diplomatiques déployés sans relâche au sein de l’ONU. La tâche était ardue, surtout en raison de la présence parmi les dix membres non-permanents du conseil de sécurité, d’un représentant du régime génocidaire qui était au pouvoir au Rwanda à ce moment. Ont été médaillés à cet effet, les ambassadeurs : Karel Kovanda de la République Tchèque, Ibrahim Gambari du Nigéria, Haïlé Menkerios de l’Érythrée, Kolin Keating de la Nouvelle Zélande.

Les médailles honorifiques ont été remises également, à titre posthume, à Jean-Paul Gouteux et Jean Carbonare, deux citoyens français qui ont inlassablement informé leur public du caractère génocidaire des atrocités perpétrées du Rwanda et surtout du rôle de la France dans la tournure tragique des événements. On se souviendra toujours de cette image de Jean Carbonare, télédiffusée en direct au journal de France 2, le 24 janvier 1993. Les larmes aux yeux, il suppliait alors les autorités françaises de faire quelque chose pour stopper le génocide des Tutsi dont les signes étaient perceptibles. Il faisait partie d’une équipe qui, à l’époque, revenait d’une mission d’enquête sur la violation des Droits de l’Homme. Au cours de son séjour au Rwanda, il venait d’être témoin oculaire des multiples tentacules de la machine génocidaire. « Un mécanisme mis en route ... aux soins d’une structure allant jusqu’au sommet de l’État » a-t-il alors précisé. La suite des événements a conféré à son appel de détresse est un fait historique indélébile. Aujourd’hui, son cri d’alarme met à nu l’hypocrisie de certains des décideurs politiques français de cette époque, qui prétendent encore qu’ils n’avaient pas vu venir le drame rwandais.

Quant à Jean-Paul Gouteux, au-delà des livres très documentés de la complicité de la France dans le dernier génocide du siècle, on retiendra sa victoire définitive contre le journal Le Monde, après une rude bataille judiciaire où ce quotidien le poursuivait pour diffamation. Jean-Paul Gouteux a été en effet l’un des premiers à dénoncer la manipulation médiatique dont l’opinion publique française a longtemps fait l’objet au sujet du drame rwandais.
Son œuvre est poursuivie à travers une revue publiée annuellement et un site Internet conçu à cet effet dénommé : www.lanuitrwandaise.net

Le Rwanda a également décoré à titre posthume l’ancien député belge Jean Gol. Les efforts de ce dernier ont entre autres contribué grandement à la mise en place d’une commission sénatoriale, qui s’est penchée sur le rôle de la Belgique, tout au long de l’histoire tragique qui a atteint son paroxysme en 1994. Le Rwanda a aussi salué et honoré l’action de deux religieuses italiennes : Maria Pia Fanfani qui a caché et protégé plusieurs Tutsi avant de les évacuer vers l’Italie, ainsi qu’Antonia Locatelli, assassinée à Nyamata (au Sud-Est de Kigali) en 1993, à la suite de son appel de détresse à la communauté internationale, lancé sur les ondes de R.F.I

Parmi les personnalités honorées à titre posthume, le mérite a fait frémir d’émotions le public, est celui qui a valu la décoration à Diagne Mbaye du Sénégal. Faisant partie des quelques 255 casques bleus qui sont restés aux côtés du Général canadien Roméo Dallaire, (alors abandonné par ses supérieurs onusiens), le Capitaine Mbaye a fait plusieurs navettes vers le camp des génocidaires, d’où il a pu sauver d’une mort certaines plusieurs Tutsi. C’est d’ailleurs au cours de ces va-et-vient entre le camp des génocidaires et la zone libérée par le F.P.R, qu’il a été atteint mortellement par une bombe.

La recherche et la reconnaissance des héros méconnus

Malgré le poids d’une tragédie sans précédent dont les blessures sont encore vives, il y a lieu de saluer ce geste d’honorer les efforts positifs qui ont été déployés par des citoyens non-rwandais. L’exercice consiste à identifier quelques signaux lumineux, susceptibles de servir de référence, dans l’édification d’une base solide pour une société ultérieurement plus tolérante et humainement viable. La reconnaissance des actes de bonne volonté posés par solidarité humanitaire est un geste grandement appréciable.

L’initiative a débuté l’année passée avec la reconnaissance de la contribution des pays africains, dans la recherche de la solution diplomatique aux problèmes politiques du Rwanda avant les événements tragiques de 1994. A cet effet, ont été honorés trois chefs d’État : Yoweri Museveni de l’Uganda, feu Julius Nyerere de la Tanzanie et Meles Zenawi de l’Éthiopie. Le Rwanda a aussi annoncé qu’il va prochainement décorer Isaïas Afewerki de l’Érythrée. On se souviendra que l’accord de paix d’Arusha censé résoudre les problèmes politiques du Rwanda était le fruit d’un long processus initié et chapeauté par la diplomatie africaine. Les pays occidentaux, notamment la France, la Belgique et les Etats-Unis y participaient comme observateurs. L’implication de l’ONU servait surtout à donner à la solution envisagée, une légitimité internationale.

Dans ce même ordre de projets visant à mettre au grand jour des héros méconnus, des chercheurs de l’Université Nationale du Rwanda, en collaboration avec IBUKA (Un collectif des associations des survivants) ont entamé un projet de recherches sociologiques, en vue de retracer les citoyens rwandais ou étrangers qui, souvent au péril de leur vie, ont caché et/ou protégé les Tutsi, qui faisaient l’objet d’une campagne d’extermination systématique en 1994. La phase préliminaire de ce projet a débuté par Kanzenze, une localité située au Bugesera (au Sud-Est de Kigali).

Jean-Claude Ngabonziza


Mis en ligne par :   Jean-Claude Ngabonziza

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