Communiqué de La Nuit rwandaise
Le 2 mars 2010

Ainsi qu’elle le souhaite, par la voix de son avocat, Agathe Kanziga doit être jugée en France. Il n’y a pas lieu qu’elle soit jugée à Arusha, d’abord parce que les travaux de celui-ci sont en cours d’achèvement, concluant les dernières procédures engagées.

D’autre part, il n’y a pas eu à ce jour de procès en France, contre les nombreuses personnes présentes sur le territoire suspectées et recherchées pour les actes de génocide qui se sont produits en 1994 au Rwanda.

Agathe Kanziga-Habyarimana est en France depuis qu’elle a été exfiltrée par l’armée française, dans le cadre de l’opération Amaryllis, parmi les premières personnes évacuées, à la demande de François Mitterrand, Président de la République française, et que celui-ci avait ordonné le versement de 230 000 francs d’« aide d’urgence pour les réfugiés rwandais » à son bénéfice.
 

Depuis bientôt seize ans, Agathe Habyarimana vit sans-papiers en France, et s’est vue refuser l’asile politique d’abord par l’OFPRA, ensuite par la Commission de Recours des Réfugiées, décision confirmée par le Conseil d’État en 2009, en raison des présomptions pesant sur elle quant à ses responsabilités à la tête du groupe ayant préparé et planifié le génocide.
 

De nombreux procès se sont déjà tenus en Belgique, en Suisse, au Canada et en Allemagne pour examiner les responsabilités de personnes accusées du génocide des Tutsi en 1994.
 

En France, aucune des nombreuses procédures engagées depuis quinze ans n’a abouti. Pour mettre fin à cette impunité scandaleuse, la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ont annoncé la création d’un pôle de juge d’instructions spécifique, destiné à traiter l’ensemble de ces procédures pour génocide jusque-là en suspens.
 

Il importe particulièrement qu’un tel travail judiciaire soit accompli en France, du fait de l’engagement important de ce pays dans les événements qui ont conduit au génocide, engagement reconnu comme ayant pu faire l’objet d’« erreurs » par le Président Sarkozy lors de son récent voyage au Rwanda.
 

Les responsabilités spécifiques d’Agathe Habyarimana dans le processus de préparation du génocide font que son procès aurait d’autant plus d’intérêt en France, quand on sait que le « pays des droits de l’homme » a été constamment présent au Rwanda durant la période de préparation du génocide - 1990-1993 - et même durant son exécution.
 

À cet égard, les révélations parues dans le Wall Street Journal vendredi dernier, selon lesquelles l’armée française aurait participé directement à des massacres génocidaires les 13 et 14 mai 1994, mettent en lumière la gravité de cet engagement.
 

Pour que cette femme soit autre chose qu’un bouc émissaire sacrifié sur l’autel de la diplomatie internationale, alors que l’on persiste à ignorer en France les réalités de ce crime imprescriptible qui engagent également des responsables politiques et militaires français, nous demandons qu’Agathe Habyarimana soit jugée en France.

La Nuit rwandaise

2 mars 2010


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