Université Michel de Montaigne • Bordeaux III • 2007
par Dubois de Prisque Stéphanie

Mémoire présenté en vue de l’obtention de la licence professionnelle « Accompagnement
et Coordination de projets de solidarité internationale et de développement durable »

INTRODUCTION :

Le Rwanda est un pays africain récemment dévasté par la guerre et par un génocide. Cela
s’est déroulé pratiquement sous nos yeux, en 1994. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Un
développement économique, social, harmonieux est-il non seulement une ambition souhaitable
mais surtout – nous l’espérions avant de partir en stage – réaliste après les déchirements
vécus par la population ? Comment un peuple qui s’est entredéchiré pendant plusieurs années,
au point de vivre l’horreur indescriptible il y a treize ans, peut arriver à se reconstruire et à vivre
ensemble ? Dans quelles conditions ? Tant bien que mal ? Plutôt bien que mal ? Peut-on
craindre une récidive possible ?

Partir en stage au Rwanda ? Quelle idée saugrenue ! Pour beaucoup de nos proches, l’image
de violence et des atrocités perpétrées continue de coller à ce petit territoire situé quelque part
au fin fond de l’Afrique. La rupture des relations diplomatiques avec la France en date du 27
novembre 2007 n’a pas arrangé cette image, rendant donc l’acceptation et la compréhension
de partir en stage là-bas encore plus difficile.

À l’inverse, pour notre part, cela nous a encore
plus incitée à vouloir comprendre la situation complexe de ce pays où une étudiante française
ne serait peut-être pas la bienvenue. Pour quelles raisons ? Une motivation supplémentaire a
donc été de pouvoir mieux saisir le rôle de notre pays dans l’Histoire complexe de celui des
milles collines, et non seulement sa situation actuelle et ses possibilités d’évolution. Nous
avons cherché en partant pour ce stage une réponse à toutes ces questions.
Ce sont ces questionnements qui nous ont attirée vers l’association rwandaise IBUKA,
entièrement dédiée au soutien des rescapés du génocide, tant au niveau économique, sociale,
psychologique que juridique.

IBUKA est un terme kinyarwanda qui signifie littéralement en français « souviens-toi ». C’est
une organisation sans but lucratif de droit rwandais créée en décembre 1995 par des rescapés
du génocide des Tutsis d’avril - juillet 1994. La noble tâche de cette association est de
préserver la mémoire du génocide, de défendre les droits et les intérêts des survivants de cette
hécatombe, de lutter contre l’impunité des auteurs présumés et d’en soulager les survivants.

Mis à part ses activités propres, IBUKA est un collectif d’associations qui coordonne les actions
des dix associations membres. Les treize salariés du bureau exécutif, basé à Kigali,
coordonnent les projets d’appui juridique, de conseils en traumatisme, d’activités génératrices
de revenus, d’appui aux malades du SIDA et de reconstruction de logement pour les orphelins
chefs de ménage.

Plus de quatre-vingt dix parajuristes et conseillers en traumatisme sont répartis dans les cinq provinces du pays pour assister les rescapés avant, pendant et après les
Gacacas, hebdomadaires dans tous les villages du pays depuis 2005. Ils sont également en
charge de faire remonter les informations importantes concernant les rescapés auprès du
bureau exécutif.
Au sein du bureau exécutif d’IBUKA, nous avons trouvé notre place au quotidien en nous
rapprochant du travail de Françoise Murorunkwere, la chargée de projet, et des réponses en
nous orientant logiquement plus vers le département Mémoire et Documentation.
Nous nous sommes interrogée avec les salariés d’IBUKA sur l’importance au sein de ce
département de la lutte contre le négationnisme, qui faisait le lien avec la plupart de nos
questionnements.

En tant qu’agent de développement, confrontée à un pays empreint à ces
fantômes du génocide, la connaissance du contexte géopolitique devient-elle en soi un enjeu ?

Cette problématique, au coeur de ce travail, s’inscrit dans l’étude préalable de faisabilité
indispensable à tout projet de développement. En outre, sur un terrain aussi chargé d’affects, il
peut même constituer une mission en soi, comme nous avons pu rapidement le mesurer et le
vivre. L’observation participante que nous avons mise en oeuvre au quotidien, ainsi que notre
enquête et nos entretiens nous avaient déjà orientée dans le même sens. C’est pourquoi le
travail présenté ci-dessous retranscrit l’analyse des contextes historiques et géopolitiques du
Rwanda, en nous appuyant sur les outils méthodologiques dont dispose tout agent de
développement.

Comment luttait-on contre le révisionnisme, Quelles conséquences pour les
rescapés ? Ce terme n’était il pas trop facilement instrumentalisé par les défenseurs de la
cause des rescapés ? Que cache-t-il exactement ? Pourquoi est-il important de lutter contre le
négationnisme ? Quel rôle est-ce que cette lutte joue afin d’assurer d’un avenir commun
possible au Rwanda ? Quel était le travail des acteurs du développement dans ce domaine ?

Ce mémoire professionnel se concentre donc tout d’abord sur l’Histoire du Rwanda et des
idées négationnistes, ou, pour être plus large, des thèses révisionnistes, étude indispensable à
la compréhension de la situation actuelle du pays, tout en suivant le cas particulier de l’attitude
de la France tout au long de cette période, qui fera l’objet de la deuxième partie. Enfin le rôle
des acteurs du développement dans la lutte contre le négationnisme fait l’objet de la troisième
partie afin d’analyser l’importance de ce travail pour que le Rwanda puisse dépasser ses
cauchemars.

Avant de plonger dans le coeur du sujet, il est nécessaire de préciser quelques concepts.

Ainsi, le révisionnisme se différencie du négationnisme. Les négationnistes affirment que le
génocide n’a pas eu lieu ou réfutent les faits avérés par la communauté internationale.

Les
révisionnistes ne les réfutent pas mais les minimisent et essayent de réinterpréter ou d’induire Avant de plonger dans le coeur du sujet, il est nécessaire de préciser quelques concepts.
Ainsi, le révisionnisme se différencie du négationnisme. Les négationnistes affirment que le
génocide n’a pas eu lieu ou réfutent les faits avérés par la communauté internationale.

Les
révisionnistes ne les réfutent pas mais les minimisent et essayent de réinterpréter ou d’induire les faits dans leur perspective non-objective. C’est pourquoi le terme de révisionnisme, plus
large que négationnisme, sera employé tout au long de ce mémoire.
Par ailleurs, qu’entend-on quand on utilise le mot « génocide », que certains remettent en
cause ?

La Convention de l’ONU pour la prévention et la répression du crime de génocide
entrée en vigueur le 12 janvier 1951 donne la définition suivante du génocide dans son article
II :

« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après,
commis dans l’intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial
ou religieux, comme tel : meurtre de membres du groupe ; atteinte grave à l’intégrité physique
ou mentale de membres du groupe ; soumission intentionnelle du groupe à des conditions
d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; mesures visant à
entraver les naissances au sein du groupe ; transfert forcé d’enfants du groupe à un autre
groupe. »

Puis dans l’Article III :

« Seront punis les actes suivants : le génocide ; l’entente en vue de
commettre le génocide ; l’incitation directe et publique à commettre le génocide ; la tentative de
génocide ; la complicité dans le génocide. »

À partir du 6 avril 1994 et dans les cents jours qui suivirent, de huit cent mille1 à un million de
personnes, majoritairement des Tutsis, sont tués.

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Mémoire présenté en vue de l’obtention de la licence professionnelle « Accompagnement et Coordination de projets de solidarité internationale et de développement durable »

Soutenu en septembre 2007

Directrice de mémoire : Mme HOFMANN Elisabeth

Mis en ligne par :   Webmaster
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