Chef du DAMI, il entraîne des miliciens avant 1994

Étienne, Jean, Alain Joubert est né le 9 novembre 1948. Il est officier de transmissions.[1] Lieutenant-colonel au 1er RPIMa, il commande le DAMI Panda du 23 décembre 1992 au 18 mai 1993.

Chef du DAMI, il entraîne des miliciens avant 1994

Étienne, Jean, Alain Joubert est né le 9 novembre 1948. Il est officier de transmissions.[1] Lieutenant-colonel au 1er RPIMa, il commande le DAMI Panda du 23 décembre 1992 au 18 mai 1993.


Après l’attaque du FPR du 8 février 1993 et la déroute des FAR, l’armée française se lance à leur secours. Du 22 février au 28 mars 1993, le front Nord est divisé en trois zones opérationnelles confiées chacune à un officier français.[2] Le lieutenant-colonel Étienne Joubert commande le secteur Rulindo. Il concède que les combats se mènent au mépris du droit de la guerre :

La guerre civile FAR-APR fut en effet dure et impitoyable, les belligérants ne faisant que peu de prisonniers. Le colonel Joubert qui fut chef du DAMI Panda3 du 23 décembre 1992 au 18 mai 1993 n’a ainsi, en quatre mois et demi de présence, jamais pu voir un prisonnier APR vivant et il ajoute que « le même sort était réservé aux soldats des FAR pris par le FPR ».[4]

Chef du DAMI Panda, le colonel Joubert, organisait des stages d’entraînement au camp de Gabiro. L’adjudant-chef Thierry Prungnaud affirme avoir vu, dans un centre d’entraînement militaire dans le parc de l’Akagera, Gabiro sans doute, des Français en uniformes, probablement membres du 1er RPIMa, apprendre le tir « à une trentaine de Rwandais en civil avec des AK47, des armes de guerre ».[5] Le colonel Joubert nie avoir formé des miliciens Interahamwe :

Dans le camp de Gabiro situé dans la partie nord du parc de l’Akagera, les DAMI recyclaient uniquement les appuis des bataillons concernés (mitrailleuses, mortiers, canons SR sans recul) ainsi que les spécialistes génie [sic] car c’était le seul endroit au Rwanda où on pouvait bénéficier de champs de tir illimités et vides de population. Les DAMI y faisaient les synthèses de combat au niveau compagnie et bataillon en raison des vastes espaces disponibles et des possibilités de tir réel. Tous les Rwandais qui sont passés dans ce camp étaient des soldats déjà formés pour ne pas dire des spécialistes et en aucun cas des recrues parmi lesquelles auraient pu être « discrètement » glissés des miliciens.[6]

En 1994, il participe à l’opération Turquoise

Le colonel Étienne Joubert revient au Rwanda durant l’opération Turquoise comme officier renseignement puis opérations dans le détachement du 1er RPIMa, sous les ordres du colonel Didier Tauzin, alias Thibaut.[7] Il est à Gikongoro dès le 24 juin :
Le même jour [24 juin] le lieutenant-colonel Joubert, alors officier opérations du « détachement Chimère », mène une reconnaissance aux lisières est de la forêt de Nyungwe. Ne rencontrant aucune difficulté, il poursuit en direction de Gikongoro.[8]

Il prend contact vraisemblablement avec les autorités, le préfet Bucyibaruta, le bourgmestre Semakwavu et le capitaine Sebuhura, organisateurs du génocide. L’entrée « officielle » des Français à Gikongoro ne se fait que le 27 juin.[9]

Michel Peyrard, journaliste à Paris-Match, aurait accompagné Joubert. En effet, Peyrard quitte Cyangugu le 24 juin en compagnie d’une patrouille commandée par deux lieutenants-colonels :

Le lendemain [24 juin], à l’aube, sur les indications de Priscille, nous découvrons, en compagnie d’une patrouille commandée par les lieutenants-colonels Collin et Jacque, douze sœurs de l’ordre de Saint- François réfugiées dans un couvent, à une douzaine de kilomètres du camp [de Nyarushishi]. [...]

La guerre. Elle est là, toute proche, 80 kilomètres tout au plus. Montant vers le front, nous dépassons des bataillons frais composés de toutes jeunes recrues qui se dirigent à pied vers la zone des combats.
Butare, la fringante préfecture du Sud, s’est transformée en ville de garnison.

Atmosphère de débâcle. Des soldats épuisés remontent à contrecœur vers des positions abandonnées, à bord de Jeeps souillées de sang et de boue. A la terrasse de l’hôtel Ibis, le colonel Munyengango commandant le secteur, écluse quelques bières en compagnie d’officiers désœuvrés. Le directeur de la Sûreté extérieure de l’État[10] qui se flatte d’avoir rencontré en novembre dernier à Paris son homologue de la D.G.S.E. ne se fait plus d’illusions : « Nous perdons du terrain. Je ne peux pas vous le cacher. Frappés par l’embargo, nous sommes à court de munitions. Nous ne pouvons pas contre-attaquer. Nous ne cessons de reculer. Mais nous ne nous battons pas seulement contre le F.P.R, nous sommes en guerre contre l’Ouganda, et l’armée ougandaise est puissante. » Incorrigible, le patron des services secrets rwandais n’entrevoit qu’une seule issue. « Si, par le plus grand hasard, Museweni [Museveni], le président ougandais, disparaissait politiquement ou physiquement, alors la guerre s’éteindrait d’elle-même. »[11]

Ces deux lieutenants-colonels Collin et Jacque viennent du camp de Nyarushishi. Ils sont donc du 1er RPIMa. Nous apprenons plus loin que le lieutenant-colonel Collin s’appelle en réalité Hervé Charpentier, il est l’adjoint du colonel Tauzin alias Thibaut, et nous présumons fort que le lieutenant-colonel Jacque s’appelle Étienne Joubert, officier de renseignement du 1er RPIMa.[12] Ils visitent une paroisse où a eu lieu un massacre puis partent vers Butare à 80 km de là.

Il est donc fort possible que Peyrard et le groupe de reconnaissance commandé par les lieutenants-colonels Charpentier et Joubert soient arrivés à Butare le soir du 24 juin, sinon le 25. Ils prennent contact avec l’état-major des FAR qui se trouve à l’hôtel Ibis. Le préfet Alphonse Nteziryayo y est installé, ainsi que le président des Interahamwe, Robert Kajuga,[13] ils y rencontrent le colonel Munyengango, commandant le secteur[14] et le directeur de la Sûreté extérieure de l’État qui serait, sauf erreur, le lieutenant-colonel Laurent Rutayisire.[15]

Le 1er juillet, le 1er RPIMa tente une opération sur Butare. À la nuit tombée, une patrouille commandée par le colonel Charpentier est accrochée par le FPR à Save, au nord de Butare. La voiture de tête transporte des frères maristes qui sont tués. Mais il ne faut pas dire que nos troupes d’élite utilisent des religieux comme boucliers humains. Charpentier, blessé, est évacué dans le Transall qui remmène pêle-mêle, blessés, religieuses et sans doute quelques ordonnateurs des massacres. C’est probablement pour cette raison qu’Étienne Joubert devient chef des opérations du détachement du 1er RPIMa.

Le 3 juillet, lors de l’évacuation d’orphelins et de religieux de Butare – et cela va sans dire de tous les tueurs qui n’avaient pas fui auparavant – un accrochage a lieu sur la route de Gikongoro. Le colonel Joubert fait à Bernard Lugan le récit suivant :

Je faisais partie du détachement d’arrière garde qui, à la sortie de Butare, a rencontré l’élément du FPR fort d’une vingtaine de combattants dont une majorité de jeunes garçons commandés par un adulte. Avec mon chauffeur, le caporal-chef Marie, je suis passé sur la route au moment où ils arrivaient et me suis arrêté 50 m plus loin pour attendre l’arrivée du groupe qui me suivait. À ce moment-là est arrivé le véhicule de la 2e compagnie toutes armes braquées sur eux et le chef de l’élément FPR a alors donné des ordres et ses hommes se sont écartés. Plusieurs centaines de mètres plus loin, ce véhicule s’est fait prendre à partie par un autre élément FPR, depuis les collines au Nord et a reçu une balle dans la boîte à gants. Les véhicules de la 3e compagnie qui suivaient sont passés ans problème.[16]

Nous savons qu’un élément FPR avait établi un barrage sur la route et a obligé les Français à leur livrer un membre des FAR qui se trouvait dans une de leur P4, ainsi que l’atteste une photo prise par le journaliste Sam Kiley.

Le colonel Didier Tauzin, alias Thibaut, est rappelé à Paris le 7 juillet. Il laisse le commandement du détachement du 1er RPIMa au colonel Joubert.[17]

Après 1994

Le 13 juillet 1996, le colonel Étienne Joubert est fait chevalier de la Légion d’honneur.
Le 11 mai 2009, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, soucieux de calmer l’ire d’officiers français accusés par le ministre rwandais de la Justice, suite au rapport Mucyo, de « complicité de génocide », promeut au rang d’officier de la Légion d’honneur sans traitement, le colonel Étienne, Jean, Alain Joubert, officier des transmissions.[18]

Chefs d’inculpation

Le colonel Étienne Joubert est un spécialiste de la guerre secrète, totale et impitoyable, une guerre où on ne distingue pas le civil du militaire et où on ne fait pas de prisonnier.
Il a entraîné des miliciens dans le parc de l’Akagera qui ont participé au génocide en 1994.

Au début de l’opération Turquoise il mène une reconnaissance à Gikongoro et jusqu’à Butare. Il prend contact avec les responsables du génocide. En particulier, il y organise le barrage contre le FPR avec le préfet Bucyibaruta et le bourgmestre Semakwavu, organisateurs des massacres, pour faire barrage au FPR qui, lui, sauve les derniers Tutsi et met en fuite les tueurs.

Avec les colonels Rosier et Tauzin, il est responsable de l’installation d’un camp français à l’école de Murambi, sur les fosses où ont été jeté de 20 à 50 000 cadavres de tutsi, exécutés le 21 avril.

Là, il collabore avec les auteurs du génocide.

Le colonel Étienne Joubert doit être mis en examen pour génocide, entente en vue de commettre un génocide, complicité de génocide, incitation publique et directe à commettre le génocide, crimes contre l’humanité, et violations graves de l’article 3 commun aux conventions de Genève et du protocole additionnel II, crimes prévus aux articles 2, 3, 4 du Statut du TPIR.


Pour plus d’informations (sources, documents), voir l’article de Jacques Morel Portraits des 9 militaires français ayant porté plainte contre La Nuit Rwandaise

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