Jacques Morel

L’assassinat des gendarmes Didot et Maïer, et de l’épouse de Didot

L’assassinat des adjudant-chefs de gendarmerie Didot et Maïer, et de l’épouse de Didot, au début du génocide des Tutsi au Rwanda reste non élucidé. Officiellement ils ont été assassinés le 8 avril 1994 dans l’après-midi et l’ambassadeur Marlaud accuse le FPR. D’autres sources, dont le rapport de l’attaché de défense, affirment que les Didot ont été tués le 7 avril. Mais deux certificats médicaux envoyés par les autorités à sa famille datent la mort de Maïer au 6 avril vers 21 heures et le couple Didot aurait été tué également dans les heures qui ont suivi l’attentat.

Ce triple assassinat n’a donné lieu à aucune instruction judiciaire, contrairement à l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, le 6 avril à 20h 30 qui a coûté la vie à trois Français. Tant de contradictions font question et il est probable que les autorités françaises cachent la vraie raison de la mort de ces deux gendarmes et de l’épouse de l’un d’eux.

Celle-ci est-elle liée à l’attentat contre l’avion du Président rwandais ?

La mort des adjudants-chefs Didot et Maïer et de l’épouse de Didot a
représenté dès le début une affaire à ne pas ébruiter, au point qu’elle semble
se trouver au coeur des reproches que le gouvernement fait à Radio France
Internationale (RFI) :

En mai 1994, alors qu’un génocide finalement avéré battait son plein au
Rwanda, les reproches téléphonés du ministère français de la Coopération
se font plus pressants. L’objet du litige portait notamment sur la nouvelle
donnée par RFI de la mort brutale de deux gendarmes français, à Kigali le
8 avril 1994.1

1 QUEL ÉTAIT LE RÔLE DES ADJUDANTS-CHEFS DIDOT ET MAÏER ?

Dans son enquête publiée le 1er décembre 1994, Jean-François Dupaquier les présente ainsi :

L’adjudant-chef Didot était depuis 1992 conseiller technique de transmissions
dans le détachement d’assistance technique gendarmerie au Rwanda. Il y avait été rejoint en 1993 par l’adjudant-chef René Maïer conseiller technique de police judiciaire. Le vendredi 8 avril, Alain et Gilda Didot sont dans leur villa située à Kacyiru, une colline excentrée de
Kigali sur laquelle sont implantés de nombreux ministères ainsi que l’hôtel
Méridien, un des sièges de la MINUAR et le bâtiment du Conseil
national du développement. Le CND abrite le bataillon du FPR, 540
hommes introduits à Kigali dans le cadre de la mise en oeuvre des accords
d’Arusha. La villa de l’adjudant-chef Didot est située à mi-chemin du siège
de la MINUAR2 et de celui des soldats du FPR, juste à côté du rond-point
stratégique qui commande l’accès à l’aéroport depuis le centre-ville. C’est
un poste d’observation idéal mais, en même temps, un endroit très
exposé.3

L’adjudant-chef Didot est depuis 1992 conseiller technique de transmissions
dans le détachement d’assistance technique gendarmerie au Rwanda. Il
est en fait incorporé à l’armée rwandaise car il figure en 1994 comme
« Assistant Technicien FRANÇAIS » dans la Cie TR (Compagnie de
Transmissions) sur la liste des officiers de l’armée rwandaise.4

L’adjudant-chef René Maïer, 47 ans, est conseiller technique de police
judiciaire au Rwanda depuis 1993. Il était affecté auparavant à la Brigade des
recherches de Martigues. Il a deux prénoms, René, Jean.5
Le schéma de diffusion de l’alerte et du renseignement de la Mission
d’Assistance Militaire (MAM) situe séparément Didot et Maïer. Didot
dépend du Maréchal des logis Cotteaux alors que Maïer dépend du chef d’escadron
Forgues.6

Selon Jean-François Dupaquier, René Maïer habite seul au camp de gendarmerie
de Kacyiru, mais il va retrouver Didot après l’attentat contre l’avion
d’Habyarimana :

L’adjudant-chef René Maïer, lui, habite seul un pavillon dans l’enceinte
du camp de gendarmerie de Kacyiru. Dès le 7 avril, après l’attentat, il a
rejoint son collègue et ami Didot pour participer à ce que, dans le jargon
militaire, on appelle la « veille radio ». Fanatique de transmissions, l’adjudant-
chef Didot avait installé chez lui tout un appareillage qui lui permettait
d’entrer en liaison radio avec la Mission d’assistance militaire française
(MAM), avec le réseau de l’ambassade de France et avec d’autres
réseaux civils. De sa villa, il surveille à la jumelle le bataillon du FPR et
rend compte de l’évolution de la situation heure par heure. Il raconte que,
le 7 avril, à 5h du matin, des échanges de tirs ont débuté entre les forces
gouvernementales et le FPR. La garde présidentielle s’est embusquée au
rond-point tout près de son camp.
Le lieutenant-colonel Damy, chef du détachement militaire d’assistance
technique gendarmerie, demande à Didot de profiter d’une accalmie pour
évacuer son domicile. « Impossible sans prendre de gros risques, je préfère
poursuivre la mission de renseignement et de relais radio »
, répond Alain
Didot.

FIG. 1 : Schéma de diffusion de l’alerte et du renseignement de la
Mission d’Assistance Militaire

[ cliquer sur le schéma ou sur ce lien pour le faire apparaître dans une taille supérieure ]

Donc, selon Dupaquier, Didot fait du renseignement. Pierre Péan ajoute
cette précision géographique :

Sa position en un point élevé de la ville en faisait un bon relais – avec du
matériel Yesu – entre la ville de Kigali et Kanombe, près de l’aéroport, que
l’ambassade de France ne pouvait joindre directement.8

Selon Filip Reyntjens, les deux gendarmes français écoutaient les communications
du FPR.

D’après un témoin militaire, ils effectuaient un travail d’écoute de communications,
notamment celles du FPR, à l’aide de matériel sophistiqué.

Pour le compte de qui ? 9

Colette Braeckman confirme :

Résidant à Kigali depuis longtemps, les deux hommes et l’épouse de l’un d’entre eux devaient être abattus par des membres de la garde présidentielle, une unité que ces anciens gendarmes avaient assistée dans le domaine des transmissions téléphoniques, participant notamment aux écoutes des communications émanant du CND.10

Elle le répète en 2004, tout en ajoutant qu’ils pouvaient aussi écouter les
communications de l’aéroport :

Les deux hommes étaient vraisemblablement chargés d’écouter toutes les
communications radio du côté de l’aéroport.11

Il semble évident, qu’habitant non loin du CND et avec des antennes sur son toit, l’adjudant-chef Didot écoute les communications radio du FPR.
Pour le compte de qui ? Pour la Mission d’assistance militaire française ou pour la DGSE ou la DRM. Mais Didot, inscrit dans l’organigramme des FAR, pourrait aussi faire rapport de ses écoutes à l’armée rwandaise.

Selon Stephen Smith les deux gendarmes habitaient une maison qui aurait été celle d’un ancien correspondant de la DGSE :

Un fait : la DGSE n’avait pas de « poste fixe » à Kigali, mais y effectuait
des « missions d’intervalle », centrées sur le renseignement et non sur l’action. Un détail : l’un des deux coopérants militaires français assassinés le 7 avril à Kigali habitait « la maison de l’agent » connue – à tort ou à raison – comme celle d’un ancien « correspondant » de la DGSE.12

Didot était-il précisément en « mission d’intervalle » pour la DGSE ?

Il dispose aussi d’un téléphone par satellite13 qu’il aurait monté le 7 avril :

8h00 Montage de l’IMMARSAT par A/C DIDOT. Jusqu’à 14h30, heure du dernier contact avec ce dernier, contrôle radio toutes les heures avec les AMT.14

L’adjudant-chef Didot est le spécialiste français chargé de former les militaires rwandais dans les transmissions radios. Le Colonel Bernard Cussac, ancien Attaché de défense et Chef de la mission d’assistance militaire au Rwanda, l’aurait affirmé devant la Mission d’information parlementaire à huis clos :

Le second point concerne les adjudants-chefs Didot et Maier qui ont été
assassinés. Ils n’avaient aucune mission parallèle ou particulière ; ils ne
faisaient pas partie du GIGN ; ils étaient transmetteurs et s’occupaient de
la formation des spécialistes de l’armée rwandaise et de l’entretien des
matériels. En fonction de cette spécialité, l’adjudant-chef Didot était le
responsable du réseau radio-sécuritaire de l’Ambassade et, à ce titre, avait
des antennes sur sa maison, ce qui a pu attirer l’attention. Par ailleurs, leur
domicile était situé à proximité de l’Assemblée nationale rwandaise où
était stationné le bataillon FPR ; enfin, leur mort était peut-être un signal
adressé à la France pour l’inciter à ne pas s’engager plus avant.15

Il n’est rien dit de particulier dans ce texte sur la fonction de Maïer.
Mais le « ils étaient transmetteurs » de Bernard Cussac laisse entendre que
René Maïer était aussi spécialiste en transmission. Cela ne semble pas être le
cas.16 Le rapporteur de la Mission d’information parlementaire confirme dans
les mêmes termes le rôle de Didot :

Les Adjudants-chefs Maïer et Didot faisaient partie des 24 assistants militaires
techniques restés au Rwanda après le départ des troupes de Noroît
le 15 décembre 1993.

L’Adjudant-Chef Didot était un spécialiste de haut niveau dans la réparation
des postes radio mais « n’a jamais été un spécialiste des écoutes »,
comme l’a souligné le Colonel Jean-Jacques Maurin en réponse à certaines
assertions. Il avait été chargé de mettre en place le réseau sécuritaire
de l’ambassade équipé de postes YAESU ; il était également responsable
des liaisons radio entre les membres de la Mission de coopération. Sa compétence
l’avait conduit à assurer la formation des personnels rwandais
chargés des transmissions, ainsi que la maintenance des postes radio de
l’ensemble de l’armée rwandaise.

En raison du relief des collines, il avait installé sur le toit de sa maison,
elle-même située en hauteur, une antenne relais. Le Colonel Jean-Jacques
Maurin a rappelé à ce sujet que l’Adjudant-Chef Didot possédait – à titre
personnel – un poste radio émetteur-récepteur modulation de fréquence
(MF) de courte portée avec une antenne extérieure classique. Ce poste lui
permettait d’avoir des liaisons correctes avec des interlocuteurs dotés d’un
poste radio portatif MF compatible dans un rayon de dix kilomètres.17

Les explications sur la fonction de Didot n’ont pas convaincu tous les
membres de la Mission d’information :

M. François Lamy s’est interrogé sur les conditions dans lesquelles s’était
produit l’assassinat de l’Adjudant-chef Didot, certaines rumeurs lui attribuant
des fonctions à la fois officielles et officieuses. Sa maison étant,
selon le Colonel Bernard Cussac, équipée d’antennes destinées à la commatériel à son domicile et non à l’ambassade.

M. Jean-Michel Marlaud a précisé que l’Adjudant-chef Didot n’était pas
responsable des communications de l’ambassade. Celle-ci bénéficiait de
son propre réseau avec un chiffreur qui se trouvait à l’ambassade même. Il
lui a néanmoins été rapporté qu’étant chargé des transmissions,
l’Adjudant-chef avait des antennes sur le toit de sa maison.18

L’adjudant-Chef Didot ne faisait pas partie de la Direction du
Renseignement Militaire (DRM).19 Il ne travaillait peut-être pas directement
pour la DRM mais certainement pour la Mission d’assistance militaire à
Kigali.

1.1 RENÉ MAÏER ET JEAN-PAUL MAYERTZ SONT-ILS LA MÊME PERSONNE ?

Selon un article de Colette Braeckman de juin 1994, le deuxième coopérant assassiné s’appellerait Jean-Paul Mayertz et s’occupait de la Garde présidentielle :

Plusieurs zones d’ombre subsistent d’autre part quant à la présence militaire
française au Rwanda. Un exemple : nous avons appris, dans un autre
cadre, que, peu après le 6 avril, deux coopérants militaires français avaient
été tués à Kigali, ainsi que l’épouse de l’un d’eux. Un de ces coopérants,
membre du GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale),
Jean-Paul Mayertz, était arrivé à Kigali en décembre et assurait des tâches
de formation, auprès de la garde présidentielle notamment. Selon les
informations données à leurs proches, ces Français ont été tués par des
militaires des Forces armées rwandaises dans la « parcelle » attenant à
leur résidence. Leurs corps furent récupérés par les Casques bleus, rapatriés
et inhumés en toute discrétion. Paris, à notre connaissance, n’a jamais fait
état de la mort de ces coopérants militaires.20

Jean-Paul Mayertz et René Maïer sont-ils la même personne ?

1.2 OÙ SE TROUVE LA VILLA DES DIDOT ?

Hervé Gattegno et Corine Lesnes affirment que les Didot habitent à
Kanombe :

Autre question en suspens : la mort des deux gendarmes français, dans
leur villa de Kanombé, située dans l’alignement exact de la piste d’atterrissage
de Kigali, a-t-elle un rapport avec l’attentat ? 21

Ceci est contredit par l’enquête de Jean-François Dupaquier citée plus
haut. Les dépouilles des Didot et de Maïer seront trouvées dans le jardin de
la villa des Didot et les témoignages confirment que cette villa se trouvait
près de l’hôtel Méridien et non à Kanombe. J.M. Milleliri, médecin militaire
français, parle de son ami Michel à qui le commandement militaire d’Amaryllis « a interdit de faire quoi que ce soit pour aller récupérer les corps des
camarades d’armes tombés vers le Méridien ».22

Le journal de Kibat note pour le 10 avril « A 15 Hr 25, les Français de l’aéroport demandent aux Belges de récupérer les corps de TROIS coopérants français qui se trouvent près de N4. » 23

N4 est un carrefour en forme de rocade près de l’hôtel Méridien par où passe la
route allant du centre ville à l’aéroport [voir figure 4]. Une fiche du ministère
français de la défense confirme encore cette localisation et précise qu’au
moment du crash de l’avion présidentiel, Didot et Maïer sont à leur domicile
respectif :

8. Position des AMT le 6 avril 1994 au soir :
24 des 25 assistants techniques (l’Attaché de défense se trouvant à Paris)
se trouvaient dans la ville de Kigali et au camp de Kanombé, à leur domicile,
le 6 avril, au moment de l’attentat :

[...]

– les deux gendarmes logés à proximité du CND étaient également à leur
domicile respectif ; conformément au plan de sécurité, ils ont assuré le
relais de l’alerte donnée par le chef d’escadron Chamot24 à partir de l’ambassade.
25

Logés à leur domicile respectif, signifie que l’un est près du CND, l’autre
au camp de la gendarmerie à Kacyiru, mais le texte dit qu’ils sont tous les
deux près du CND.

Si la villa Didot s’était trouvée à Kanombe il aurait été facile pour les
Français d’aller récupérer les cadavres vu que cette zone de l’aéroport était
tenue par les FAR et la garde présidentielle. La localisation donnée dans l’article
de Gattegno et Lesnes est donc fausse. Pourquoi leur informateur, probablement
l’ex-capitaine Barril, qui est allé sur les lieux à Kigali, a-t-il induit
les journalistes en erreur ?

2 QUAND LE COUPLE DIDOT ET RENÉ MAÏER ONT-ILS ÉTÉ TUÉS ?

La date de la mort de Alain et Gilda Didot et de René Maïer fait l’objet
d’une grande confusion [ [voir tableau 1].

TAB. 1 : Les dates avancées pour l’assassinat des époux Didot et de Maïer en avril 1994.

Certaines informations datent la mort des Didot et de Maïer le 6 au
soir. Ainsi, deux certificats médicaux dont l’un atteste que « Jean » MAIER
a été tué par arme à feu le 6 avril 1994 vers 21 heures à Kigali sont publiés fin
2006 par le « Comité du 22 avril 1998 à la mémoire des gendarmes d’Ouvéa ».26

La mort « réelle et constante est d’origine accidentelle ». « La cause du décès
est le fait de balles d’arme à feu qui ont entrainé une mort immédiate. »
[Voir le
fac-simile d’un de ces certificats médicaux - figure 2. ] Le terme mort accidentelle
suppose que la mort n’est pas intentionnelle. Il est donc difficile d’imaginer
que le FPR en soit rendu responsable. Remarquons que dans la cause de la
mort, « balles d’arme à feu », balles comporte un “s”. Il ne peut donc s’agir
d’une balle perdue. Maïer est mort, soit qu’il ait été pris dans un combat, soit
qu’il ait été visé spécifiquement. À cette date et à cette heure, il n’est pas possible d’accuser le FPR d’être l’auteur de sa mort.27 Par contre de nombreux
témoignages attestent que juste après l’attentat, « cela tirait de partout ».28

Nous n’avons pas pu vérifier l’authenticité de ces certificats médicaux.
La seule preuve de leur authenticité c’est qu’ils ont été remis à la famille de
René Maïer.

François Lamboley, Président National du Comité du 22 avril 1988 à la
mémoire des gendarmes d’Ouvéa, écrit dans l’éditorial de Fayaoue-Info
Magazine que le couple Didot a aussi été tué le 6 avril :

Le 6 Avril 1994, l’Adjudant Chef de Gendarmerie MAIER, son collègue
DIDOT et l’épouse de ce dernier sont assassinés sauvagement au Rwanda
dans l’indifférence générale des autorités de notre pays. Aucune instruction
judiciaire n’est ouverte. Pire, l’acte de décès des deux hommes porte
la mention “mort accidentelle” et c’est signé d’un médecin militaire de
haut rang.29

FIG. 2 : Certificat du genre de mort de Jean Maïer ; Source : Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d’Ouvéa.

Hervé Gattegno écrit avec Corine Lesnes le 28 juin 1994 que Didot, sa
femme et Maïer ont été tués « dans les heures qui suivent l’attentat ». Le certificat
de décès des trois victimes porte, selon eux, la date du 6 avril et la mention
« mort accidentelle » :

Quoi qu’il en soit, la quasi simultanéité confirmée par de nombreux
témoins du début des combats avec l’explosion de l’avion et la mort des
deux chefs d’État permet d’envisager l’existence d’une manoeuvre organisée.[...]
Dans la nuit, on a appris que les combats s’intensifiaient.[...]

Six Français tués à Kigali

C’est au cours des mêmes heures que furent tués deux gendarmes français,
les adjudants-chefs René Maïer et Alain Didot, ainsi que l’épouse du
second. Membres de la mission militaire d’assistance au Rwanda depuis
1993, les deux sous-officiers et Mme Didot, tués par balles et à coups de
machette, avaient été sommairement enterrés dans le jardin de leur villa.

C’est là que des « casques bleus » les ont découverts, le 13 avril. Leurs
corps ont été accueillis au Bourget, le 15 avril, par le ministre de la
défense, François Léotard, et le ministre de la coopération, Michel
Roussin. Les services de ce dernier assurent que « leur mort n’est pas liée à
leur fonction [l’un d’eux était spécialisé dans les transmissions NDLR] mais
à leur résidence, et au fait qu’ils auraient caché des Tutsis chez eux »
. Il faut
donc comprendre que les trois ressortissants français auraient été victimes
des milices hutues ou de la garde présidentielle. Leur logement se situait
pourtant dans la zone de Kanombé, alors déjà sous contrôle du FPR.

Connue de l’ambassade de France à Kigali le 8 avril – une note transmise
à Paris par télex à 19 heures en atteste –, la nouvelle de leur mort ne sera
rendue publique que trois jours plus tard. Curieusement, le certificat de
décès, daté du 6 avril, porte la mention « mort accidentelle »...30

L’article commet deux erreurs. La maison de Didot est située près de
l’hôtel Méridien qui, comme le camp de la Gendarmerie, se trouve à Kacyiru
et non à Kanombe. Ensuite le FPR ne contrôle pas la zone de Kanombe à cette date. Mais cette affirmation permet de l’accuser d’être l’auteur de l’attentat.
Elle vient sans doute de l’ex-capitaine Barril. Le FPR ne contrôlera la
zone de Kanombe que lors de la prise du camp de Kanombe et de l’aéroport,
le 21 mai.

Gattegno précise le lendemain 29 juin que les Didot et Maïer ont été
tués moins d’une heure après l’attentat. Il a donc probablement sous les yeux
le certificat du médecin-chef Michel Thomas :

Pour sa part, la France n’a pas entrepris d’investigations, en dépit des décès
de six de ses ressortissants : les trois membres de l’équipage du Falcon 50
ainsi que deux gendarmes en poste à Kigali et l’épouse de l’un d’entre eux,
tués dans leur maison moins d’une heure après l’attentat.31

D’autres sources donnent pour l’assassinat du couple Didot les dates du
7 ou du 8. Il faut envisager l’éventualité que les Didot ont pu être tués à un
autre moment et dans un autre lieu que Maïer. Le fait que Gilda Didot ait été
tuée conduit à penser que Didot l’a été en même temps que son épouse et
chez lui.

Il semble que RFI a été la première à annoncer la mort des Didot. Quand exactement ? La journaliste Lyndsey Hilsum, écrit le 8 avril depuis Kigali :

A French serviceman and his wife, among several hundred French nationals
in Kigali, have also been killed, Radio France Internationale reported.
32

L’annonce de l’assassinat des époux Didot a donc probablement été faite
le 7 ou le 8 par RFI. Ce qui est sûr c’est que le ministère français de la défense
refuse le 9 avril de confirmer l’information de RFI :

Enfin, le ministère français de la défense n’avait pas confirmé, samedi
matin [9 avril], la mort d’un sous-officier français et de sa femme à Kigali,
annoncée par Radio France Internationale. « Nous pensons que cette mort
est probable mais nous n’en avons pas la certitude, tant que nous ne sommes pas
allés voir sur place »
, a-t-on indiqué au ministère.33

Gattegno et Lesnes s’étonnent aussi que le décès des trois membres de
l’équipage du Falcon soit daté au 7 avril, alors que l’avion s’est écrasé le 6 :

Non moins curieusement, le Journal officiel du 14 juin, qui publie la nomination
au grade de chevalier de la Légion d’honneur des trois membres de
l’équipage de l’avion rwandais, le pilote Jacky Héraud, son copilote Jean-
Pierre Minaberry et le mécanicien Jean-Marie Perrine fait remonter leur
décès au 7 avril, alors que l’appareil s’est abîmé la veille, sans que l’on
sache s’il ne s’agit que d’une banale erreur de transcription.34

Vénuste Kayimahe affirme que les autorités françaises ont d’abord dit
que les Didot et Maïer étaient décédés de mort naturelle le 6 avril :

– Pourquoi la France a-t-elle essayé de rejeter sur le FPR l’assassinat de ses
spécialistes des écoutes et des communications, après avoir prétendu que
les adjudants-chefs Didot et René Maïer, ainsi que l’épouse du premier,
étaient décédés de mort naturelle, le 6 avril 1994, et après que la directrice
du Centre culturel français, l’un des principaux défenseurs de l’intervention
française et incontournable conseiller de l’ambassade de France au
Rwanda en matière de sécurité, m’eut annoncé, le 8 avril, leur assassinat
par la Garde présidentielle ? Assassinat confirmé par une rescapée,
employée des services de l’ambassade de France, qui s’était réfugiée chez
les Didot, d’où elle parvint à s’échapper au moment où le couple se faisait
abattre.

– Ces barbouzes de l’information, agents chargés de collecter et d’interpréter
les messages hertziens au bénéfice des armées rwandaise et française,
avaient-ils réussi à capter quelque chose de compromettant pour la France
ou la Garde Présidentielle ? 35

D’autres témoignages, dont le compte-rendu du colonel Cussac et de
Jean-Jacques Maurin, situent l’assassinat le 7 entre 14h30 et 17h30 :

Mercredi 6/04 [...]

22h 15 Mise en alerte par téléphone de tous les AMT. Ouverture du
réseau radio par A/C DIDOT - Consigne à domicile est donnée à tous les
personnels [...]

Jeudi 7/4 5h 00 Premiers tirs à arme légère et à la mitrailleuse entre GP du
camp KIMIMURURA et des éléments FPR qui commencent à sortir du
CND vers le carrefour du Méridien (500m ouest) « chez Lando » (1km est)
8h00 Montage de l’IMMARSAT par A/C DIDOT. Jusqu’à 14h30, heure
du dernier contact avec ce dernier, contrôle radio toutes les heures avec
les AMT. [...]

17h30 Un compte rendu radio du directeur du Méridien de Kigali, Mr Eric
LEFEVRE, fait état de l’assassinat par des éléments FPR du couple
DIDOT. Ces informations sont confirmées à 18h00 par les gardiens
Rwandais des villas voisines qui s’étaient réfugiés au Méridien.

Les liaisons radio seront désormais assurées par le Cdt FABRIES et
Monsieur MERMET, chef d’escale AIR FRANCE à KIGALI.
A partir de 18h00, toute communication téléphonique locale est désormais
impossible avec les quartiers de KIMIHURURA et de KACYIRU où
loge la majorité des AMT.36

Remarquons que Maurin indique que Didot est bien en activité le 6 à
22h 15. C’est par trois fois qu’il évoque Didot pour la journée du 7 avril. Il
date à 14h30 le dernier contact radio avec lui, à 17h30 Eric Lefevre annonce
l’assassinat du couple Didot qui est confirmé à 18h. Il n’est pas question de
Maïer ici. On verra plus loin que Maurin se corrige en 2005 et déclare que
l’assassinat des Didot est du 8 et non du 7. Pour Stephen Smith, qui semble
avoir obtenu des informations des militaires français présents sur le terrain,
l’assassinat est du 7 avril.37 Colette Braeckman, dans son livre de 1994, date
aussi l’assassinat au 7 avril :

En France aucune enquête internationale n’était demandée, malgré la
mort de trois membres de l’équipage du Falcon et l’assassinat de deux coopérants
militaires. Ces derniers, dès le lendemain de l’attentat, avaient été
tués devant leur maison, voisine du CND (Conseil national de développement
ou Assemblée nationale) que le contingent du Front patriotique
allait quitter le même soir.38

Le colonel Luc Marchal avance qu’ils ont été tués par le FPR
le 7.39Vénuste Nshimiyimana, attaché de presse de la MINUAR, situe aussi
l’assassinat le 7 avril.40

Vénuste Kayimahe, s’appuyant sur deux témoignages, donne la date du
7 tout en rappelant que la mort a été datée du 6 par les autorités françaises.
Le 8 avril, en début d’après-midi, Anne Cros, directrice du Centre culturel
français, s’y rend pour prendre des dossiers et des véhicules, accompagnée
d’une dizaine de militaires français. Elle refuse d’évacuer son employé,
Vénuste Kayimahe, qui s’y est réfugié, et de l’aider à récupérer ses enfants ailleurs
dans la ville. Plus tard, ayant quelque mauvaise conscience, elle lui téléphone
pour se justifier et lui apprend la mort de deux Français :

Elle poursuit alors, avec une tristesse bien sentie, pour m’apprendre l’assassinat
d’un « couple de jeunes coopérants militaires français ».

« C’était de jeunes techniciens des transmissions du service des armées qui
n’avaient rien de militaire. Ils n’avaient rien à voir avec toutes ces histoires, et
pourtant ils ont été tués cette nuit à coup de poignards. »

– Sait-on qui sont les meurtriers ?

– Les gens de la GP, bien sûr. Ils habitaient d’ailleurs à deux pas de celleci.
Tu les connaissais, ils venaient souvent au Centre.

– Est-ce qu’on sait pourquoi ils ont été tués ?

– Écoute, Vénuste ! On ne le sait pas. La mort de leur Président les a rendus
fous. Ils ne se contrôlent plus. Déjà qu’ils n’étaient pas tendres avant !41

Le couple Didot aurait donc, selon Anne Cros, été tué le 7 au soir par
la garde présidentielle. Kayimahe confirme cette date plus loin en écrivant
que la directrice du Centre culturel lui a annoncé « le 8 avril, leur assassinat
par la Garde présidentielle ». Mais il semble qu’il se trompe. Anne Cros a dû
venir au Centre culturel le 9 avril et non le 8. En effet, il écrit deux pages
avant, « ce 8 avril, la France, l’Italie et la Belgique ont pris la décision d’envoyer
leurs soldats évacuer tous les étrangers du Rwanda »
.42

Or c’est le 9 avril que
cette décision est connue. Comme il suit l’ordre chronologique, cette conversation
avec Anne Cros serait du 9 avril. En outre il paraît peu vraisemblable
qu’Anne Cros ait trouvé le 8 avril une dizaine de militaires français pour évacuer
des dossiers et des véhicules du centre culturel. La mort des coopérants
« cette nuit » serait donc du 8 au soir. Cependant, le témoignage d’Anne Cros
rapporté par Kayimahe garde sa valeur en ce qu’elle incrimine la garde présidentielle
pour l’assassinat des Didot et de Maïer.

Selon le médecin-major Thiry de la MINUAR qui découvrit les corps,
leur état de décomposition fait remonter la mort au 6 ou au 7 avril. Il se
demande si les victimes n’ont pas été tuées ailleurs et leurs corps ramenés là :

Le docteur Thiry, qui faisait partie à l’époque du contingent de Casques
bleus belges, se souvient encore de sa macabre découverte : Le 10 avril,
alors que les combats s’étaient étendus dans la ville, la villa des Français
se trouvait désormais dans la zone contrôlée par le FPR. Ce sont donc les
Français qui nous ont demandé d’aller récupérer les corps. Lors d’une première
visite, nous n’avons rien trouvé. Le lendemain, on nous suggéra que
les corps pourraient se trouver dans le jardin. C’est là que nous les découvrîmes,
sous une très mince couche de terre, accompagnés de leur domestique. Tous se trouvaient dans un état de décomposition avancé, et nous
avons eu le sentiment que la date de leur décès remontait au 6 ou au 7
avril. Introuvables le premier jour, des militaires belges se sont demandés
si les corps n’avaient pas été ramenés ensuite, ayant été tués ailleurs ... Les
dépouilles furent rapatriées discrètement, et ce n’est que bien plus tard queles honneurs militaires leur furent rendus.43

Bernard Lugan situe la mort des deux gendarmes et de l’épouse de l’un
d’entre eux le 7 avril ou peut-être même le 6 :

Le 7 avril au matin se trouvaient ainsi disponibles [suit une liste de détachements
militaires français].

Ces précautions étaient sages [...]. Quant au sort des expatriés, il devenait
de plus en plus aléatoire et la communauté française déplorait déjà six
morts : les trois membres de l’équipage de l’avion présidentiel ainsi que deux
gendarmes et l’épouse de l’un d’entre eux assassinés chez eux par le FPR.
Le 8 avril une réunion se tient à Bruxelles [...]44

Cependant, Lugan reproduit plus loin dans son livre, la déclaration de
Maurin qui déclare qu’il s’est trompé, que la mort des Didot n’est pas du 7
mais du 8 !

La date du 8 est avancée par l’ambassadeur Jean-Michel Marlaud. Lors
de son audition, parlant des évènements du 8 avril, il dit qu’il a appris la mort
du couple Didot « le même jour, vers dix-neuf heures » :

M. Jean-Michel Marlaud a précisé qu’il avait annoncé au Département le
même jour [8 avril], vers dix-neuf heures, l’assassinat de l’Adjudant-chef
Didot et de son épouse en ces termes : « Cinq Rwandais qui viennent d’arriver
à l’hôtel Méridien ont indiqué qu’ils étaient réfugiés chez M. et Mme
Didot. Lorsque les soldats du FPR sont entrés, ils les ont fait sortir – ils sont
Tutsis – et ont abattu les Didot. »

Il a indiqué que cette version était toutefois
controversée. La conclusion du télégramme annonçant l’assassinat des
époux Didot était la suivante : « la sécurité de nos ressortissants est menacée
et justifie l’évacuation »
, l’assassinat de M. Mayer était encore ignoré à
ce moment-là.45

La Mission d’information parlementaire, retient cette date du 8 avril
pour l’assassinat du couple Didot et de Maïer :

Le 8 avril, les Adjudants-chefs Maïer et Didot, responsables des transmissions,
ainsi que l’épouse de ce dernier, sont assassinés. L’information
concernant le couple Didot est donnée par un compte rendu radio du
directeur de l’hôtel Méridien, M. Eric Lefèvre, qui fait état d’un assassinat
par des éléments du FPR.

Vers 19 heures, l’ambassadeur à Kigali rend compte en ces termes de l’assassinat
des époux Didot : « cinq Rwandais qui viennent d’arriver à l’hôtel
Méridien ont indiqué qu’ils étaient réfugiés chez M. et Mme Didot lorsque des
soldats du FPR sont entrés, les ont fait sortir (ils sont Tutsis) et ont abattu les
Didot. »
46

Pourquoi l’ambassadeur Marlaud affirme-t-il que l’assassinat des Didot
date du 8 au soir, alors que J.J. Maurin écrit qu’il date du 7 après-midi ?
Pourquoi cette nouvelle a-t-elle précipité la décision d’évacuer les ressortissants
français ? Il semble que Marlaud soit en pleine confusion. Mais il est
suivi en cela par le rapporteur de la Mission d’information parlementaire qui
affirme comme Marlaud que l’assassinat date du 8 au soir47 sans voir la contradiction
avec le rapport Cussac-Maurin qu’il publie en annexes.

Cette contradiction est résolue en 2005, quand Jean-Jacques Maurin
affirme devant Bernard Lugan qu’il s’est trompé, que c’était bien le 8 :

J’ai par erreur situé leur mort le jeudi 7 avril (ETR, II :350). En fait, c’est
le vendredi 8 à midi que M. Lefevre, directeur du Méridien, me rendit
compte par radio que des gardiens rwandais réfugiés à son hôtel lui confirmaient
que le couple Didot avait été assassiné ce jour par des soldats de
l’APR.48

Ainsi J.J. Maurin se serait trompé non seulement sur le jour, le 8 au lieu
du 7, mais également sur l’heure de la communication avec Lefèvre, midi au
lieu de 17h 30. L’ambassadeur déclarait que cette communication datait de
dix neuf heures. Cette rectification a posteriori paraît curieuse, d’autant plus
que Lugan affirme quelques pages avant qu’ils ont été assassinés le 7.49

Il est
aussi étonnant d’une part que Didot, spécialiste en télécommunications, n’ait
pas pu prévenir par radio ou téléphone qu’ils étaient attaqués et que, d’autre
part, l’interruption de ses communications radios n’ait pas donné l’alerte à
l’ambassade. Selon Jean-François Dupaquier ils sont tués le 8 par le FPR :

Moins de deux jours après l’attentat contre le Falcon, l’adjudant-chef
Alain Didot, 46 ans, son épouse Gilda [...] et l’adjudant-chef René Maïer
sont morts dans l’après-midi du vendredi 8 avril pour avoir voulu protéger
des Tutsis. Curieusement, ils n’ont pas été victimes de la vengeance de
miliciens ou de militaires des FAR, comme la rumeur en a été rapportée,
mais exécutés par des soldats du Front patriotique rwandais, ceux-là
mêmes qui venaient secourir leurs frères tutsis ! [...]

Le lieutenant-colonel Damy, chef du détachement militaire d’assistance
technique gendarmerie, demande à Didot de profiter d’une accalmie pour
évacuer son domicile. « Impossible sans prendre de gros risques, je préfère
poursuivre la mission de renseignement et de relais radio »
, répond Alain
Didot. On découvrira plus tard qu’il s’agit en partie d’un pieux mensonge :
Alain et Gilda Didot ainsi que René Maïer ont décidé de protéger leurs voisins
tutsis de la fureur des miliciens. Une quinzaine de ces derniers se
cachent dans la maison. Les deux gendarmes ont creusé une tranchée
devant leur villa et, armes à la main, dissuadent les miliciens de s’approcher.
Vers 14 heures, le contact radio est rompu. Le lieutenant-colonel Damy
veut croire qu’il s’agit d’une panne de générateur. À 17 heures, le directeur
du Méridien réussit à joindre par radio l’ambassade de France. Il vient
de recueillir un groupe de réfugiés tutsis qui disent arriver de la maison des
Didot.

En début d’après-midi, des éléments avancés du mouvement rebelle se
sont introduits dans la parcelle de l’adjudant-chef. Les militaires du FPR
ont autorisé les Rwandais réfugiés dans la maison à partir, après avoir vérifié
leur qualité de Tutsis. Mais, auparavant, et malgré leurs supplications,
ces derniers ont dû assister à l’exécution de l’adjudant-chef Didot à coups
de machettes et à celles de sa femme et de l’adjudant-chef Maïer, abattus
d’une rafale.50

Remarquons que les heures données par Dupaquier, celle du dernier
contact radio, de l’appel radio du directeur du Méridien, correspondent à peu
près à celle données par Maurin dans son rapport mais à la date du 7.
Filip Reyntjens date le meurtre du couple Didot et de Maïer le 8 avril au
matin, mais il ne connaissait pas à l’époque le rapport Cussac-Maurin publié
fin 1998. Il donne des précisions géographiques sans doute reprises de l’article
de Stephen Smith du 29 juillet 1994, déjà cité :

Dans la matinée du 8 avril, deux gendarmes français, les adjudants-chef
René Maïer et Alain Didot, ainsi que l’épouse du second, seront tués dans
leur maison, appelée “la maison de l’agent” parce qu’un “correspondant”
de la DGSE l’avait occupée auparavant. Cette maison se trouve près du
rond-point de Kimihura51, entre le CND et l’hôtel Méridien, ce qui permet
de supposer qu’ils ont été tués par le F.P.R. qui contrôlait cet endroit au
moment du triple assassinat.52

Pierre Péan affirme que des soldats du FPR ont commis l’assassinat le 8
avril. Il interviewe, mi-août 2005, une certaine Régine, dont l’époux, du parti
MDR, serait le numéro 3 du ministère des Affaires étrangères. Voisine des
Didot, ceux-ci acceptent de l’héberger avec 9 enfants le 7 avril. Elle passe la
nuit chez eux et voit arriver le lendemain des soldats du FPR qui la renvoient
chez elle. Son veilleur a assisté à l’exécution des Didot et de Maïer pendant
qu’elle s’est endormie ! Elle rejoint l’hôtel Méridien puis est évacuée en zone
FPR.53

Il est quasiment certain que René Maïer a été tué le 6 avril vers 21 heures.
Il est probable que les époux Didot aient été aussi assassinés dès le soir du
6. C’est ce qu’affirment Hervé Gattegno et Corine Lesnes ainsi que le Comité
du 22 avril 1998 à la mémoire des gendarmes d’Ouvéa. C’est ce qu’aurait
entendu dire Vénuste Kayimahe. La cause de ces assassinats devant être
cachée, les versions officielles ou communiquées aux journalistes par des personnes
autorisées sont discordantes.

Pour la date du 7 témoignent le rapport de Jean-Jacques Maurin et ce
que rapportent les journalistes Stephen Smith, Colette Braeckman et
Vénuste Nshimiyimana. La rescapée qui était chez les Didot date l’assassinat
le 7 d’après Kayimahe mais celui-ci n’est pas très clair sur ce point. La date du
8 est avancée par l’ambassadeur Marlaud et par Anne Cros à Kayimahe. Dupaquier dit le 8, version que lui donne Jacques Courbin. La Mission d’information
parlementaire ne contredira pas l’ambassadeur Marlaud. Maurin se rallie à la version officielle de manière tout à fait suspecte. L’écrit de Péan
semble totalement fabriqué et ceci en 2005 ! Il est clair qu’il y a eu contradiction
totale dans les comptes-rendus de l’ambassade. Le certificat de décès
de Maïer date sa mort le 6, le rapport de Maurin date la mort des Didot le 7
et l’ambassadeur Marlaud, le 8. Enfin, le décret qui décore Didot et Maïer de
la Légion d’honneur date leur mort au 8 avril :

J.O n° 278 du 1 décembre 1994 page 16967

Décret du 29 novembre 1994 portant nomination

NOR : COPX9400452D

Ministère de la coopération

Par décret du Président de la République en date du 29 novembre 1994,
pris sur le rapport du Premier ministre et du ministre de la
coopération et visé pour son exécution par le grand chancelier de la
Légion d’honneur, vu la déclaration du conseil de l’ordre en date du
11 octobre 1994 portant que les présentes nominations sont faites en
conformité des lois, décrets et règlements en vigueur, et notamment de
l’article R. 26 du code de la Légion d’honneur et de la médaille
militaire, sont nommés :

Avec effet du 3 mai 1994

Au grade de chevalier

Adjudant-chef Didot (Alain, Alex), sous-officier de gendarmerie
détaché au Rwanda ; 23 ans de services militaires, tué dans
l’accomplissement de sa mission le 8 avril 1994.

Adjudant-chef Maier (René, Jean), sous-officier de gendarmerie,
détaché au Rwanda ; 29 ans de services militaires, tué dans
l’accomplissement de sa mission le 8 avril 1994.

3 QUI A TUÉ LES ÉPOUX DIDOT ET L’ADJUDANT-CHEF MAÏER ?

La date et l’heure du crime sont évidemment importants. Si l’assassinat
a eu lieu avant le 7 à 16h, il serait difficile d’en accuser le FPR.
Précisément, un télégramme non daté envoyé par le général Huchon à
la famille Maïer n’accuse par le FPR [voir le fac-simile de ce télégramme
du général Huchon - figure 3].

Fig. 3 : Annonce du décès de René Maïer par le général Huchon.

Source : Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d’Ouvéa

Le général Huchon déclare ici à la famille de l’adjudant-chef René Maïer
que ce dernier a été tué par des « les milices armées rwandaises » parce qu’il
hébergeait chez lui des « des Rwandais d’une ethnie opposée », donc vraisemblablement
des Tutsi. Qui sont ces milices ? Probablement des éléments de la
garde présidentielle ou des Interahamwe.54 Les Interahamwe ne s’attaquaient
jamais aux Français en général. L’histoire du général Huchon est encore
moins vraisemblable si nous tenons compte du certificat médical qui date la
mort au 6 avril vers 21 heures. La mort de Maïer semble liée à l’attentat
contre l’avion d’Habyarimana qui survient le 6 avril à 20h 30. Nous savons
que des fusillades s’en sont suivies, émanant de l’armée rwandaise. Les tueries
systématiques de Tutsi, maison par maison, n’interviennent que plus tard à
l’aube du 7.

Vénuste Kayimahe a deux témoignages, celui d’Anne Cros et d’une
employée de l’ambassade, réfugiée chez les Didot, qui affirment qu’ils ont été
assassinés par des gardes présidentiels. L’ambassadeur Marlaud affirme qu’ils
ont été tués par le FPR mais il ajoute « que cette version était toutefois controversée.
 » Controversée par qui ?

Le rapporteur de la Mission d’information parlementaire conclut :

Aucun élément matériel n’est venu à ce jour apporter la preuve formelle
de ce triple assassinat par le FPR. Le témoignage des voisins tutsis rwandais
présents chez les Didot au moment du drame et le fait que les
Adjudants-chefs Maïer et Didot étaient logés dans des villas proches de
l’hôtel Méridien situé en zone FPR excluant par conséquent la présence
des FAR accréditent cependant très fortement cette thèse sans la rendre
pour autant irréfutable.55

L’argument que la villa des Didot était en zone FPR dépend de la date
du crime. Le 6, les FAR et miliciens surveillent de près le bataillon FPR au
CND, comme à l’habitude. Après l’attentat, les FAR et les milices contrôlent
tout Kigali y compris cette zone là. Dans la nuit du 6 au 7 la garde présidentielle,
dont le camp se trouve non loin de la villa Didot, bombarde le CND.
Elle a la maîtrise de cette zone jusqu’à ce que le FPR fasse une sortie le 7 vers
16h.

Comment ont-ils été tués ? Anne Cros dit que les Didot ont été poignardés.
Selon Hervé Gattegno, ils ont été tués par balles et à coups de
machette. Michel Roussin affirme qu’ils ont été « assassinés à la machette » :

Rappelant que deux de ces coopérants, des gradés de la Gendarmerie,
avaient été assassinés à la machette après l’attentat contre l’avion présidentiel,
ainsi que l’épouse de l’un d’eux, il [Michel Roussin] a expliqué que
pendant la crise les coopérants avaient procédé non pas à des opérations
de renseignement plus ou moins interlopes mais à des opérations de protection
de leurs compatriotes, jusqu’à ce que soit mise en place l’opération
Amaryllis à laquelle ils avaient alors pris part.56

Ils ont été découverts enterrés, d’après le rapport Cussac-Maurin et
Hervé Gattegno. Qui les a enterrés ? Le Lieutenant-colonel Maurin a rapporté
à la mission que la maison des Didot avait été saccagée :

Le mardi 12 avril, le Major médecin belge Théry, qui avait récupéré les
corps du couple Didot avec l’aide de trois officiers sénégalais de la MINUAR,
m’informe que toute leur maison avait été saccagée et le matériel informatique
détruit. La détérioration éventuelle radio ne fut pas évoquée et je ne peux
donc pas vous donner d’informations précises sur ce point.57

Selon le colonel Luc Marchal, ils ont été tués par le FPR :

Toutefois, en fin de journée [le 13 avril], les Français mettent fin à leur
intervention. Ils emportent avec eux les dépouilles de deux coopérants
militaires et de l’épouse de l’un d’entre eux, victimes sans doute de l’attaque
menée le 7 avril par le FPR.58

Linda Melvern rapporte que lors de sa sortie du CND le 7 à 16 h, le FPR
ne s’attaqua pas qu’à la garde présidentielle et tua des civils :

Witnesses testified to an attack, later that day, by the RPF on the
Compagnie Territoriale de Gendarmerie in Remera during which civilians,
including children, were killed.59

Un Belge témoigne que Didot et son épouse ont été tués par les FAR :

« Je peux vous dire que j’ai vécu les événements au Zaïre en 1960, mais
ce que j’ai vécu ici, c’est vraiment exceptionnel. J’ai vu des choses invraisemblables.
 »
L’homme qui parle ainsi est un Belge de Wavre. Il habitait
dans le centre de Kigali. Ce qui l’a sauvé, c’est d’avoir eu la chance d’être
en face du CND, le siège du bataillon FPR dans Kigali.[...] Un obus est
tombé sur le toit de la maison de mon voisin. J’ai réalisé qu’il fallait partir.
Le CND a été matraqué de manière incroyable. Ce qui m’a vraiment
poussé à partir, c’est l’annonce de la mort de cet adjudant français que les
FAR ont tué avec sa femme, là-bas, à 400 m de la maison. Atroce ... (Il
pleure) Je craque un peu, c’est ... » Une colonne est venue le chercher
grâce à son voisin qui avait un walkie-talkie.60

Selon Colette Braeckman, ils ont été tués par des membres des FAR peu
après le 6 avril.61

[En résumé voir tableau 2 : Les incriminations quant aux auteurs de l’assassinat
des Didot et de Maïer]

TAB. 2 : Les incriminations quant aux auteurs de l’assassinat des Didot
et de Maïer

4 LA DÉCOUVERTE DES CORPS

Selon Jean-Marie Milleliri, médecin militaire détaché à la coopération
civile, un commandant de gendarmerie nommé Michel,62 a voulu monter une
opération pour récupérer les corps des Didot et de Maïer :

Didier, le pharmacien français de l’hôpital de Ruhengeri, originaire de
Marseille, téléphone également. [...] Il loge chez un commandant de gendarmerie,
un coopérant français, Michel.[...]

[10 avril] Michel, gendarme de Ruhengeri qui a connu avec mon ami
Didier, le pharmacien, les évacuations de 1993, est soucieux de pouvoir
aller récupérer les corps de deux militaires français qui ont été tués, dont
celui de Didot avec son épouse. Mais l’endroit est sur la ligne de front
entre les FAR et la FPR, ou tout au moins dans une zone peu sécurisée.
Pour lui, il doit être possible d’accéder à cette zone sous couvert d’une bannière
médicale non gouvernementale [...] Il sait où nos malheureux compatriotes
habitaient. [...]

[11 avril] Michel, le gendarme de Ruhengeri, avec lequel je discutais hier
soir m’apprend que son idée a été ébruitée, et que le commandement militaire
lui a interdit de faire quoi que ce soit pour aller récupérer les corps
des camarades d’armes tombés vers le Méridien [...] Les hommes de la
MINUAR s’en chargeront, car ils ne sont pas loin. Et leur mandat les
autorise.63

La récupération des corps est ainsi décrite dans le rapport Cussac-
Maurin :

Lundi 11[...]

Les premières recherches effectuées par une équipe de la MINUAR dirigée
par le Médecin Major THERY pour retrouver les corps des trois disparus
s’avèrent infructueuses.

Mardi 12/04[...]

Les 2 corps du couple DIDOT sont retrouvés enterrés dans leur jardin par
la même équipe de la MINUAR.

Mercredi 13/04

Le 3ème corps (A/C Maïer) est enfin retrouvé enterré à proximité de l’endroit
où avait été découvert le couple DIDOT.

Les 3 corps sont acheminés à l’aéroport, formellement identifiés par le L/C
MAURIN, le chef d’escadron FORGUES et l’A/C BACH (tous trois
AMT) comme étant ceux de l’A/C DIDOT, Madame Gilda DIDOT et
l’A/C Maïer.

Les dépouilles sont mises en bière par le Médecin Commandant Grosjean
du 3ème RPIMA.64

Les tentatives pour retrouver les corps sont décrites dans le journal de
KIBAT, les troupes belges de la MINUAR :

[10 avril 1994]

f. A 15 Hr 25, les Français de l’aéroport demandent aux Belges de récupérer
les corps de TROIS coopérants français qui se trouvent près de N465
(zone tenue par le FPR). S6 [Dewez] accepte, mais dit que cela prendra un
peu de temps car la zone est souvent soumise à des tirs de mortier. La mission
sera exécutée le lendemain.66 [...]

[11 avril 1994]

h. Evacuation de la CTM [...]

(3) A 14 Hr 30, S3 [capitaine Choffray] avec M6 [médecin-major Thiry]
et A21 [sergent Bullinckx] démarrent du MERIDIEN.67 Ils doivent d’abord
passer par la bretelle au Nord de N4 pour aller chercher les corps des
TROIS coopérants français, comme demandé la veille par les Français.
Ensuite, passer prendre les gens de la CTM et finalement rejoindre l’aérodrome.
20 minutes plus tard, il signale qu’ils ont fouillé la maison et qu’ils n’ont rien trouvé. Il demande que le Comd des Français soit prévenu de
ce rapport.68 [...]

[12 avril 1994]

b. Opération française [...]

(2) Récupération des corps des TROIS coopérants FR

(a) A 12 Hr 45, A6 [capitaine Vandriessche] demande que M6 [médecinmajor
Thiry] prenne contact avec son homologue de la coopération militaire
française à propos des corps des coopérants français qui n’avaient pas
été trouvés la veille. Les Français demandent si une équipe ne peut aller
vérifier encore une fois si les corps ne sont pas au domicile indiqué.

(b) M6 [médecin-major Thiry], le S3 [capitaine Choffray] et quelques hommes se rendent de nouveau à la maison indiquée et font des recherches
approfondies. Ils sont finalement attirés par des tas de terre fraîche
dans le jardin.

(c) A 18 Hr 15, M6, le docteur THIRY signale que trois corps ont été
récupérés (un homme et une femme de race blanche et un adolescent de
race noire). Ils ont retrouvé, à l’intérieur de la maison, des indices qui permettent
de les identifier. Les corps seront amenés à l’aéroport le lendemain.
Un message dans ce sens est envoyé à A6 [capitaine Vandriessche]
pour qu’il prévienne le Lt Col MAURIN, chef de la coopération française.
(d) Peu après, les Français reprennent contact avec le Bn parce que le
corps de l’adolescent de race noire n’est pas un des corps recherchés. Les
recherches seront reprises le lendemain car la nuit est tombée.69

[13 avril 1994]

b. Ops française [...]

(2) Les dépouilles des ressortissants français

(a) A 11 Hr 18, M6 [médecin-major Thiry] fait savoir que les corps des
Français sont toujours au MERIDIEN. Il ira chercher le troisième corps
après les bombardements sur N4 et, de là, les aménera à l’aérodrome. A6
[capitaine Vandriessche] répond que les derniers Français n’attendent plus
que les dépouilles pour partir.

(b) A 12 Hr 43, les Français font savoir qu’ils se contenteront des deux
corps retrouvés. Ils partiront sans le troisième. S3 [capitaine Choffray]
transmet que dés que possible, il ira porter les corps à l’aérodrome.

(c) A 13 Hr 14, S3 [capitaine Choffray] signale qu’il quitte le MERIDIEN
pour se rendre à la maison où ils avaient trouvé les corps pour faire une
dernière recherche. Le convoi est escorté par A7 [lieutenant Vermeulen],
A21 [sergent Bullinckx] et une partie de A13 [sergent Bouchot] à bord
d’un CVRT.70

(d) A 13 Hr 30, S3 [capitaine Choffray] signale qu’il a trouvé la troisième
dépouille et qu’il se rend vers l’aérodrome où il arrive vers 13 Hr 45.71

FIG. 4 : La zone de la villa Didot. Source : Journal de Kibat. La villa Didot se
trouve un peu au-dessus du rond point N4, à droite de Kimihurura. 15 : Hôtel
Méridien. 1 : QG Secteur MINUAR. I : Pegasus = QG Kibat. 3 : CND, bataillon
FPR. Camp de la garde présidentielle : à côté du E de Primature. 8 : village CTM
belge. 14 : stade Amohoro. 2 : Hôtel Amohoro : QG MINUAR. N4-N5-N6-N7 :
route de l’aéroport qui est à droite de la carte. Il était possible de rejoindre l’aéroport
par le Sud en joignant le carrefour N7 sans passer devant le CND en 3 où se
déroulaient les combats.

Quand les Français demandent-ils à la MINUAR d’aller chercher les
corps ? Selon le journal de Kibat c’est le 10 avril à 15h 25.72

Pourquoi avoir attendu si tard ?

Le compte-rendu Cussac-Maurin cité plus haut est cohérent avec la description
des faits du journal de Kibat. Cependant, selon le témoignage écrit
que le Colonel Jean-Jacques Maurin a adressé à la Mission d’information parlementaire,
le médecin-major Théry (Thiry) était accompagné le 12 avril de
trois officiers sénégalais de la MINUAR.73 Il n’est pas question de ces officiers
sénégalais dans le Journal de KIBAT.

Pierre Péan, citant Luc Marchal, affirme que ce dernier est d’abord allé
chercher lui-même les corps des Français :

Le patron de KIBAT n’eut connaissance de l’identité des
occupants de la villa que lorsque le Lieutenant-Colonel Maurin lui demanda
de récupérer les corps.[...]

Maurin prend contact avec la MINUAR pour récupérer les corps. C’est
le colonel Marchal qui prend l’affaire en main. Une première fois, il se rend
avec son secrétaire dans la parcelle où ont été tués les Français, mais les combats
sont si intenses, entre la Garde présidentielle et le CND, qu’ils doivent
renoncer à s’attarder sur les lieux. Le lendemain, une nouvelle mission, plus
nombreuse, est montée. Alors que le major-médecin belge Théry, accompagné
de deux Capitaines sénégalais, fouille le terrain, des militaires assurent la
sécurité de l’opération. On découvre les cadavres du chien et du veilleur. Plus
tard, ce sont, enterrés au fond du terrain, les cadavres abîmés des trois
Français.74

Cette reconnaissance du colonel Luc Marchal avec son secrétaire à la
maison Didot n’est confirmée nulle part. Mais la demande de recherche des
cadavres à la MINUAR a pu transiter par le colonel Marchal. Il y a peut-être
eu confusion avec deux membres de la CTM75 belge, l’adjudant-chef Lechat
et le colonel Baudouin qui ont fait partie de la 1ère reconnaissance du 11
avril car ils sont allés ensuite évacuer le personnel du village CTM.76

L’adjudant-chef Lechat joint en 2007 déclare :

Je suis passé à la maison des Français lors de la première mission Choffray- Thiry sur le trajet Hôtel Méridien - CTM. Le capitaine Choffray avait
pour mission d’évacuer les familles CTM vers l’aéroport. Je ne suis pas
entré dans la maison, resté dans le fossé car nous étions sous le feu.
Le colonel Beaudoin nous accompagnait. Ils n’ont rien trouvé (10 minutes)
= plausible car situation critique. Dans la confusion du départ, nous
avons été guidés par des militaires du FPR qui occupaient l’endroit.

Avant ce trajet, j’étais arrivé la veille (avec Vermeulen) au Méridien
venant du stade Amahoro qui était déjà à ce moment sous contrôle du
FPR, donc, une ou deux sorties avaient déjà été effectuées et leur progression
assez étendue. Je ne peux de mémoire restituer les dates.
Escorte de la taille d’un peloton + Jeep + un ou deux Unimog.
Je ne suis plus retourné dans cet endroit malsain ! !
Je ne peux préciser de qui venait l’ordre, mais je sais que c’est à la demande
d’un colonel français, donc probablement soit de Marchal soit de Dewez.77

Le caporal-chef Wathelet de Kibat a fait aussi partie de cette reconnaissance
du 11 avril. Il écrit pour la commission Kigali :

g. On a aussi essayé d’aller chercher les corps de trois Français. C’était en
pleine zone de tirs. On ne les a pas trouvés.78

Voici quelques notes sur les déclarations de Wathelet en 2007 :

Il faisait partie de la mission « Dibot » du 11 avril. Ils sont partis du
Méridien...il ne se rappelle pas que Baudouin-Lechat s’est joint à la mission
[mais il n’y a pas de raisons de se méfier de Lechat]. La mission a été
confiée par le colonel Dewez en ces termes : « il faut aller rechercher une
famille française morte depuis 3 jours. »
Ils sont partis du Méridien. Dans le
quartier c’était le FPR qui contrôlait le carrefour et l’axe. Ça tirait de partout. Seuls lui et son adjoint, Degraeve, sont entrés dans la parcelle. Tous
les autres se sont planqués dans le fossé devant la maison. Leur inspection
a duré 10 minutes à peine. À l’intérieur, la maison avait été saccagée. À
l’extérieur grandes éclaboussures de sang sur un des murs extérieurs. Ils
n’ont rien vu dans le jardin. Ils se sont rendus à l’aéroport et ont fait rapport
 : mission négative.79

Wathelet a-t-il vu une tranchée creusée devant la villa Didot comme le
rapporte Dupaquier ?

Rien à l’intérieur de la parcelle de chez Didot ne lui a fait penser à un
camp retranché. Dehors, à droite du portail, en bord de route, il y avait un
trou de fusilier occupé par deux sentinelles du FPR. A ce moment-là,
l’idée qui prévalait dans la tête de Wathelet c’est que c’était ces sentinelles
qui avaient enterré les dépouilles parce que ça sentait mauvais. Le FPR
avait creusé ainsi des trous de fusiliers à espace régulier tout au long du
boulevard. Pour Wathelet, le trou de fusilier devant chez Didot est l’oeuvre
du FPR.80

Lors de la première visite le 11, les casques bleus belges ne voient rien
dans le jardin mais les conditions ne se prêtent pas à une visite approfondie.
Lors de la deuxième, le 12, ils ont plus de temps et, « attirés par des tas de terre
fraîche », trouvent trois cadavres dans le jardin. Lors de la troisième visite, le
13, ils trouvent le dernier cadavre dans le jardin en quinze minutes. Pourquoi
n’ont-ils pas trouvé ce cadavre, celui de Maïer, la veille ? Les cadavres n’ont-ils
pas été déplacés et enterrés juste avant ? Quoique sous le feu, la zone est
tenue depuis le 11 par les soldats du FPR.

Tab. 3 : Les trois tentatives de recherche
des corps des Didot et de Maïer

Dans une note du 12 avril le Général Quesnot affirme qu’une trentaine
d’hommes des forces spéciales restent après le 12 avril à la demande des
Belges et pour récupérer les corps des trois coopérants « probablement tués dès
le début des évènements par le FPR »
 :

Les Belges prennent progressivement notre place au fur et à mesure du repli de notre dispositif vers l’aéroport. Notre ambassade a été
fermée ce matin. Le retrait de nos troupes (500) devrait être terminé mercredi
en fin d’après-midi. Seules resteront sur place, à la demande des
Belges, pour quelques jours, une trentaine d’hommes des forces spéciales
pour conserver à cette opération un caractère international et permettre
si possible, après négociation, de récupérer les corps de nos deux coopérants
gendarmes et de l’épouse de l’un deux probablement tués dès le
début des évènements par le FPR.81

Tués « dès le début des évènements » semblerait dire, tués le 6 avril au soir.

Au Conseil restreint du 13 avril, le ministre de la Coopération, Michel
Roussin, déclare avoir maintenu des relations avec le FPR pour récupérer les
corps du couple Didot et de Maïer :

MINISTRE DE LA COOPERATION

Nous sommes dans une situation où les comptes vont se régler sur place.
Pourtant le F.P.R. à Paris a pris contact avec nous et nous a fait savoir qu’il
ferait appel à la France le moment venu.

Nous n’avons pas coupé les ponts avec le F.P.R. parce qu’il fallait régler le
problème des 3 corps de nos coopérants à rapatrier le plus tôt possible.

CHEF D’ETAT-MAJOR DES ARMEES

Il n’y en a plus qu’un. Deux corps ont été identifiés et rapatriés sur Bangui.

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Dans l’ensemble c’est une situation que nous avons déjà connue ailleurs.
La France apparaît toujours indispensable une fois la crise passée. Nous
avons connu cela au Tchad. Ici c’est un peu spécial car le Rwanda est une
ancienne colonie belge. Mais on nous fait signe déjà.

MINISTRE DE LA COOPERATION

Oui. déjà le F.P.R. à Paris nous a donné l’assurance qu’on permettrait le
rapatriement des corps de nos coopérants. C’est un signal. On va nous
appeler de nouveau.82

5 LES QUESTIONS DEMEURENT

Il est à peu près certain qu’Alain Didot, spécialiste des transmissions,
avait pour tâche d’écouter les communications du FPR. Il pouvait aussi écouter
la tour de contrôle de l’aéroport. Il est à peu près certain que René Maïer
a été tué le 6 avril vers 21 heures aussitôt après l’attentat. Le certificat du
genre de mort de ce dernier en fait foi. Il faudrait toutefois avoir confirmation
de la part de l’auteur de ce certificat. Les assassins sont les milices rwandaises
selon le général Huchon, c’est-à-dire des miliciens hutu ou des membres de
la garde présidentielle. Il est probable que le couple Didot a été tué aussi dans
l’heure qui a suivi l’attentat du 6 avril.

Nous ne savons pas pourquoi ils ont été tués. Qu’ils auraient abrité des
Tutsi ne peut être la raison réelle de leur mort. Les militaires, gendarmes et
miliciens rwandais ne s’attaquaient pas aux Français.

Les contradictions des responsables français sur la date de leur mort, le
7 ou le 8 au lieu du 6 avril et sur les auteurs de l’assassinat, miliciens ou FPR,
révèlent leur trouble ou plutôt leur mauvaise foi. La mort de ces trois Français
semble liée à l’attentat contre l’avion du Président Habyarimana.
Un autre fait incline à le penser : Aucune enquête judiciaire n’a été
ouverte sur les causes de la mort du couple Didot et de Maïer, alors qu’une
enquête a fini par s’ouvrir en 1998 pour les pilotes et le mécanicien, victimes
de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana.

Comment ces deux gendarmes français auraient-ils pu être impliqués
dans l’attentat ? Didot semble être le meilleur spécialiste de transmissions à
Kigali, du moins connu, à ce moment-là. Les auteurs de l’attentat ont certainement
utilisé des moyens d’écoutes et de transmissions radios. Si l’attentat
a été commis par des membres du FPR, Didot se trouvait à une position idéale
pour intercepter les communications qui ont servi à commettre l’attentat. Ce
serait très logiquement que le bataillon FPR du CND l’aurait éliminé après
qu’il soit sorti de son cantonnement le 7 avril à 16 h. Mais pourquoi alors les
autorités françaises n’ont-elles pas mis aussitôt clairement en cause le FPR
pour l’attentat contre l’avion et l’assassinat des Didot ? Pourquoi n’ont-elles
pas fait état des communications radios, interceptées par Didot, mettant en
cause le FPR ?

Si, à l’inverse, l’attentat a été commis par des extrémistes hutu provenant
des FAR et de la CDR, Didot, interceptant les communications de
l’avion, aurait pu, consciemment ou non, fournir aux auteurs de l’attentat les
informations nécessaires pour identifier l’avion à son arrivée. Didot aurait pu
être éliminé comme témoin gênant pour avoir suivi les communications de
la tour de contrôle, de l’avion ou, même, celles des auteurs de l’attentat.
Maïer ne semblait pas, lui, être un expert en transmissions. Il a été tué
par balles alors que les Didot auraient été tués à l’arme blanche. Ce qui
conduit à penser qu’il a pu être tué ailleurs. A-t-il été tué par méprise dans les
minutes qui ont suivi l’attentat ? A-t-il été impliqué dans une manoeuvre de
diversion organisée pour ménager la fuite des auteurs de l’attentat ? Nous
n’avons aucune preuve en ce sens. Une autopsie aurait apporté des informations
sur la nature des projectiles qui l’ont tué. A-t-elle été pratiquée ?

D’autres pistes restent à fouiller. Des témoignages accusant des Belges
d’avoir commis l’attentat, laissent penser que les auteurs de l’attentat
auraient pu revêtir des uniformes belges. Deux « Belges » auraient été tués.83
Des militaires belges de la MINUAR ont fait état de vols d’uniforme.84

Ces hypothèses ne semble pas concerner Didot qui, s’il a joué un rôle dans l’attentat,
serait plutôt resté chez lui devant ses appareils radios. Il y a ensuite la
question des cadavres belges en surnombre. Le soir du 7, le général Dallaire a
vu onze cadavres de Belges à l’hôpital de Kigali : « Nous les avons compté
deux fois : onze soldats. »
85 Mais les casques bleus Belges ne compteront que
dix victimes. Qui était le onzième ?

La mort du couple Didot et de Maïer, probablement dans l’heure qui a
suivi l’attentat du 6 avril 1994, reste inexpliquée. La gêne des autorités françaises
à propos de la mort de ces deux coopérants français et de l’épouse de
l’un d’entre eux fait douter de la thèse comme quoi aucun Français ne serait
mêlé à l’attentat qui a causé la mort des présidents du Rwanda et du Burundi
et qui a donné le signal de déclenchement du plan d’éradication des Tutsi du
Rwanda.

RÉFÉRENCES

[1] Monique Mas. Paris-Kigali 1990-1994 ; Lunettes coloniales, politique du sabre et onction humanitaire pour
un génocide en Afrique
. L’Harmattan, 1999.

[2] Pierre Péan. Noires fureurs, blancs menteurs. Rwanda 1990-1994. Enquête. Mille et une nuits, novembre
2005.

[3] Filip Reyntjens. Rwanda, trois jours qui ont fait basculer l’histoire. Cahiers africains - L’Harmattan, 16,
1995.

[4] Colette Braeckman. Rwanda, histoire d’un génocide. Fayard, 1994.

[5] Paul Quilès. Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994. Assemblée Nationale Rapport n° 1271,
http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/rwanda/, 15 décembre 1998. Mission d’information de la
commission de la défense nationale et des forces armées et de la commission des affaires étrangères, sur
les opérations militaires menées par la France, d’autres pays et l’ONU au Rwanda entre 1990 et 1994.

[6] Jean-Marie Milleliri. Un souvenir du Rwanda. L’Harmattan, 1997.

[7] Lieutenant colonel J. Dewez. KIBAT - Chronique 06 Avr - 19 avr 1994. 20 septembre 1995.

[8] Vénuste Kayimahe. France-Rwanda : Les coulisses du génocide. Dagorno, 2002.

[9] Colonel Luc Marchal. Rwanda : la descente aux enfers. Labor, Bruxelles, 2001.

[10] Vénuste Nshimiyimana. Prélude du génocide rwandais - Enquête sur les circonstances politiques et militaires
du meurtre du Président Habyarimana
. Quorum, Editions Quorum 32, rue du Viaduc B-1340
Ottignies LLN, 1996.

[11] Charles Onana. Les secrets du génocide rwandais. Duboiris, 2002.

[12] Bernard Lugan. François Mitterrand, l’armée française et le Rwanda. Editions du Rocher, mars 2005.

[13] Linda Melvern. A people betrayed - The role of the West in Rwanda’s genocide. Zed Books, 2000.

[14] Commission des Affaires étrangères. Commission d’enquête parlementaire concernant les événements du
Rwanda 1-611/(7-15) 1997/1998
. Sénat belge, 6 décembre 1997.

[15] Roméo Dallaire. J’ai serré la main du diable - La faillite de l’humanité au Rwanda. Libre expression, 2003.

Notes :

1 M. Mas [1, p. 8]

2 Il s’agirait du QG secteur de la MINUAR, commandé par le colonel Luc Marchal, qui se trouve près de l’hôtel Méridien et non du QG Force, commandé par le général Dallaire, qui est près du stade Amohoro.

3 J.F. Dupaquier, La vérité sur la mort des gendarmes français de Kigali, L’Événement du Jeudi, 1er décembre 1994, p. 53.

4 République Rwandaise, Ministère de la Défense nationale, Armée rwandaise, état-major, G1, Kigali le 5 mars 1994 Objet : Situation officiers armée rwandaise arrêtée au 01 mars 1994, page 8.

5 Voir le décret du 8 mars 1990 attribuant la médaille militaire à Maier (René, Jean), 20 février 1947, adjudant ; 23 ans 10 mois de services., J.O n° 61 du 13 mars 1990.

6 Schéma MAM de diffusion de l’alerte et du renseignement, annexe au Compte-rendu du Colonel Cussac et du Lieutenant-colonel Maurin, Paris, 19 avril 1994. La Mission d’information parlementaire publie ce compte-rendu mais en retranche le schéma.

7 J.F. Dupaquier ibidem. La source de Jean-François Dupaquier serait un rapport secret du lieutenant-colo-nel Alain Damy sur la récupération des cadavres des adjudants de gendarmerie Didot et Maïer et de l’épouse de Didot, et des témoignages que lui a confiés Jacques Courbin. C’est Jacques Courbin qui a réouvert une antenne diplomatique à Kigali le 10 août 1994.

8 P. Péan [2, p. 327]. Nous avons des raisons de douter des affirmations de Pierre Péan. Mais il est informé par le Colonel Michel Robardey et il a eu accès à des documents non accessibles jusqu’alors.

9 F. Reyntjens [3, p. 29-30]. Reyntjens n’indique pas si ce militaire est rwandais ou belge.

10 C. Braeckman [4, p. 196]

11 Colette Braeckman, La face cachée du génocide rwandais, Le Soir, 31 mars 2004, p. 10.

12 Stephen Smith, Habyarimana, retour sur un attentat non élucidé, Libération, 29 juillet 1994.

13 Dès 1993 le système INMARSAT permet à l’aide d’une valise spéciale et d’une antenne parabolique de téléphoner et d’envoyer des fax via un réseau de satellites géostationnaires relié au réseau téléphonique habituel.

14 Compte-rendu du Colonel CUSSAC et Lieutenant-colonel MAURIN, Paris, 19 avril 1994, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome II, Annexes, p. 350]

15 Audition à huis-clos du Colonel Bernard CUSSAC devant la Mission Rwanda le 6 mai 1998. Ce compte-rendu est non officiel et provient probablement d’un député membre de la mission d’information.

16 Selon nos informations il était officier de police judiciaire et n’était pas spécialisé dans les transmissions.

17 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Rapport, p. 250-251]

18 Audition de M. Jean-Michel Marlaud, 13 mai 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome III, Auditions, Vol 1, p. 311]

19 Répondant à une question de François Lamy, le Général Jean Heinrich a fait observer que « par principe et par déontologie, il ne donnerait jamais le nom d’un collaborateur de la DRM. Il a néanmoins indiqué qu’en l’occurrence, l’Adjudant-Chef Didot ne travaillait pas pour la DRM. » Cf. Audition du Général Jean Heinrich Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome III, Auditions, Vol 2, pp. 177-178]

20 Colette Braeckman, La piste des deux Français : suite, Le Soir, 18 juin 1994, p. 1,9.

21 Hervé Gattegno, Corine Lesnes, Rwanda : l’énigme de la « boîte noire », Le Monde, mardi 28 juin 1994, p. 1,6.

22 J.M. Milleliri [6, p. 76]

23 Journal de KIBAT, [7, p. 36]

24 Voir le Schéma de diffusion de l’alerte et du renseignement de la Mission d’Assistance Militaire [figure 1 page 119]

25 Fiche du Ministère de la Défense, 7 juillet 1998, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome II, Annexes, p. 269]

26 http://www.gend-ouvea.asso.fr/France/Evenements/TIEvenements6601.html. Il y a deux certificats médicaux, l’un est un “certificat de décès” que nous ne montrons pas, l’autre un “certificat du genre de mort” de Jean Maier, signés du même médecin-chef et datés du 13 avril.

27 Le bataillon FPR était ce soir-là dans son casernement comme l’atteste certains témoins présents au CND. Philippe Gaillard, responsable du CICR, a été bloqué au CND. Il rapporte qu’ils ont été bombardés toute la nuit et que Tito Rutaremara, dirigeant FPR, ne voulait pas croire qu’Habyarimana avait été tué. Cf. Linda Melvern [13, p. 143]

28 Voir les témoignages de Jean-Luc Habyarimana, du major Bodart, du capitaine Vandriessche de la MINUAR et du docteur Daubresse. Cf. Jacques Morel, Georges Kapler, “Un juge de connivence”, La Nuit Rwandaise, nunéro 1, 7 avril 2007, page 64.

29 Magazine Fayaoue-Info, Numéro 66, Décembre 2006

http://www.gend-ouvea.asso.fr/France/FayaoueMagazine/TIMagazine02.html#Edito

30 Hervé Gattegno, Corine Lesnes, Rwanda : l’énigme de la « boîte noire », Le Monde, mardi 28 juin 1994, p. 1,6.

31 Hervé Gattegno, La controverse suscitée par les déclarations de l’ex-capitaine Barril, Le Monde, 29 juin 1994, p. 3

32 Lyndsey Hilsum, Thousands massacred in Rwanda - UN says factions agree to ceasefire, The Guardian, Saturday April 9, 1994

33 Des parachutistes français prennent position sur l’aéroport de Kigali, Le Monde, 10 avril 1994, p. 3

34 Hervé Gattegno, Corine Lesnes, Rwanda : l’énigme de la « boîte noire », Le Monde, mardi 28 juin 1994.

35 V. Kayimahe [8, p. 325]

36 Compte-rendu du Colonel Cussac et Lieutenant-colonel Maurin, Paris, 19 avril 1994, Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome II, Annexes, p. 350]

37 Voir citation plus haut de son article du 29 juillet 1994.

38 C. Braeckman [4, p. 196]

39 L. Marchal [9, p. 251]. Voir plus loin la citation.

40 « Le 7 avril, deux coopérants français ont été assassinés. Il est difficile d’expliquer le silence de la France sur la mort tragique de ses ressortissants. » Vénuste Nshimiyimana [10, p. 57]

41 V. Kayimahe [8, pp. 165-167]

42 V. Kayimahe, ibidem, p. 163.

43 Colette Braeckman, La face cachée du génocide rwandais, Le Soir, 31 mars 2004, p. 10.

44 B. Lugan [12, p. 174-175]

45 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome III, Auditions, Vol 1, p. 297]

46 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome I, Rapport, p. 250]

47 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome I, Rapport, p. 250 ; Tome II, Annexes, p. 41]

48 B. Lugan, Entretien avec le colonel Maurin [12, p. 180]

49 B. Lugan ibidem, p. 174-175

50 J.F. Dupaquier ibidem.

51 Reyntjens précise en note que cette maison ne se trouve pas dans la zone de Kanombe comme l’a écrit Hervé Gattegno dans Le Monde du 28 juin 1994

52 F. Reyntjens [3, p. 29-30]

53 P. Péan [2, p. 323-326]. Ce témoignage semble de peu de valeur. Il est recueilli très tard et les précisions factuelles données par cette dame sont rares. Il n’est pas recoupé par les autres témoignages qui parlent de Tutsi réfugiés chez Didot, en particulier une personne travaillant à l’ambassade de France.

54 Certains pourraient entendre le contraire, que des miliciens tutsi l’auraient tué parce qu’il cachait des Hutu, mais ce n’est pas du tout vraisemblable.

55 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Rapport, p. 251]

56 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome III, Auditions, Vol 1, p. 110-111]

57 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Rapport, p. 251]. Les corps des Didot ne sont trouvés que le 12 avril au soir. Un groupe MINUAR avec le major Thiry était déjà allé dans la maison la veille. Cf. Journal de Kibat, [7, pp. 43, 48]

58 L. Marchal [9, p. 251]. Notons qu’il date l’assassinat au 7.

59 L. Melvern [13, p. 129]. « Des témoins rapportent que plus tard ce jour là, le FPR s’attaqua à la Compagnie Territoriale de Gendarmerie de Remera et qu’il tua des civils dont des enfants. ». Notons cependant que Remera est à l’est du CND, alors que la villa Didot est à l’ouest.

60 Philippe De Boeck, Le summum de la cruauté, La Libre Belgique, 17 avril 1994, p. 3.

61 Voir citation plus haut de Colette Braeckman, La piste des deux Français : suite, Le Soir, 18 juin 1994,

p. 1,9.

62 Qui est ce gendarme Michel de Ruhengeri ? Est-ce Michel Robardey ? Ce rapprochement est dû à une interview que celui-ci donne en 1996 : « le lieutenant-colonel Michel Robardey est revenu sur la mission d’assistance technique qu’il a dirigée, au Rwanda, entre le mois de septembre 1990 et septembre 1993. Trois ans après, le commandant du groupement de gendarmerie de la Haute-Vienne se souvient d’une mission périlleuse de police judiciaire au cours de laquelle il a perdu notamment deux de ses hommes et une de leurs épouses assassinées. » Cf. Le lieutenant-colonel Michel Robardey décrypte le conflit rwandais, Le Populaire du Centre, 30/11/1996. Mais Robardey dit avoir quitté le Rwanda fin 1993. Milleliri dit par ailleurs que ce Michel est commandant de gendarmerie, or Robardey est à l’époque Lieutenant Colonel. Ce Michel pourrait être le Commandant Michel Fabries, Conseiller Technique à l’école de gendarmerie de Ruhengeri (EGENA).

63 J.M. Milleliri [6, p. 31, 73, 76]

64 Compte-rendu du Colonel Cussac et Lieutenant-colonel Maurin, Paris, 19 avril 1994, Enquête sur la

tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Tome II, Annexes, p. 351] 65 N4 est un carrefour en forme de rocade par où passe la route allant du centre ville à l’aéroport. 66 Journal de KIBAT, [7, p. 36]

67 Le QG du secteur Kigali de la MINUAR se trouvait à côté de l’hôtel Méridien et a été transféré dans cet hôtel en raison des tirs.

68 ibidem, p. 43

69 ibidem, p. 48

70 Le CVRT est un véhicule blindé léger. Les 6 CVRT de KIBAT, venant de Somalie, étaient en très mauvais état.

71 ibidem, p. 55

72 Journal de KIBAT, [7, p. 36]

73 Enquête sur la tragédie rwandaise 1990-1994 [5, Rapport, p. 251]

74 P. Péan [2, p. 328]

75 CTM : Coopération Technique militaire belge.

76 Pour aller au village CTM il fallait passer par le rond-point N4 route du Méridien - route de l’aéroport, passer devant le CND puis tourner au nord vers Nyarutarama.

77 Courriel de Jean Lechat, 7 juin 2007.

78 Rapport de la commission Kigali -Commission d’enquête parlementaire du Sénat belge [14, 1-611/12, p. 141]

79 Communication de membres de Kibat à l’auteur.

80 Communication de membres de Kibat à l’auteur.

81 Général Quesnot, Dominique Pin, Jean Vidal, Note du 12 avril à l’intention de monsieur le Président de la République. Objet : Conseil restreint du mercredi 13 avril 1994. Situation en Bosnie et au Rwanda.

82 Conseil restreint du 13 avril 1994.

83 Lettre du Ministère des Affaires étrangères du gouvernement intérimaire du Rwanda en date du 15 avril 1994, “Consignes aux représentations diplomatiques à l’étranger”, A. Guichaoua, Les crises politiques au Burundi et au Rwanda, p. 678-681.

84 Colette Braeckman, « Rwanda : l’enquête se poursuit à Bruxelles », Le Soir, 24 juin 1994 ; Témoignage du colonel belge Walter Ballis, Colette Braeckman, « Le dernier jour de nos paras au Rwanda », Le Soir, 5 avril 2007.

85 R. Dallaire, [15, p.329] ; Témoignage de Augustin Ndindiliyimana, Commission spéciale Rwanda, Bruxelles, 21 avril 1997, p. 29. Le bruit a couru à la MINUAR que trois Belges, en plus de 10, avaient été tués. Cf. Vénuste Nshimiyimana, [10, p. 71, 78, 144].

Mis en ligne par Jacques Morel
 21/10/2008

N°2 • 2008

La Nuit rwandaise n° 2 • 7 avril 2008 10 euros • 416 pages ISBN : 2-84405-230-4
Michel Sitbon

Pour le quatorzième anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda, la revue Médias, dans sa livraison du Printemps 2008, consacre trois pages à la défense de Pierre Péan, journaliste réputé, auteur de Noires fureurs, blancs menteurs, paru en 2005 aux Mille-et-une-nuits (...)

LNR

La Commission d’enquête rwandaise, décidée lors des cérémonies du dixième anniversaire du génocide, a été officialisée le 14 avril 2005. Elle se donne pour « mission générale de dégager le rôle qu’a joué l’Etat Français dans la préparation et l’exécution du génocide rwandais de 1994 ». Cette commission, dite (...)

LNR

Quatre ans plus tard, il nous a semblé utile de revenir sur le dixième anniversaire du génocide, où nombre de questions se sont précisées – et où les informations sur l’engagement français ont fait prendre conscience d’un changement de degré dans l’accusation. C’est depuis qu’on ne peut plus voir la (...)

Alain Gauthier

L’année 2007-2008 aura été une année charnière dans la poursuite des présumés génocidaires rwandais qui ont été complaisamment accueillis sur le sol français. Le président du CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda), Alain Gauthier, fait le point. Pour une information actualisée sur les (...)

Linda Melvern

Auteur de divers livres sur le génocide non encore traduits en français, vraisemblablement parce qu’elle y a abordé un peu trop franchement la question de la responsabilité française, Linda Melvern est consultante au Tribunal d’Arusha. Elle est également professeur Honoraire au département de (...)

Yves Cossic

Notre vie risque de toucher à sa fin si nous nous taisons alors que le courage du cœur exige de parler. - Martin Luther King La dernière horreur du XXe siècle “progressiste” fut bien le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. Que le négationnisme devienne dans le pays des Droits de l’homme la chose la (...)

 La Nuit rwandaise | 2000 · 2020