Jean Ndorimana

À quand les sanctions canoniques pour les clercs rwandais coupables de génocide ?

L’Église catholique fait aujourd’hui face à la révélation de nombreuses affaires d’abus sexuels sur mineurs commis par des prêtres ou des religieux. Aux États-Unis et au Canada, en Amérique latine (Chili, Mexique), en Australie, en Europe (France, Belgique, Irlande, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Pays-Bas, Suisse, …) de très nombreuses affaires sont portées en justice. Si, depuis 2003, une trentaine d’affaires de pédophilie ont été recensées par l’Église catholique en Afrique du Sud [1] – sans qu’aucun prêtre ne soit condamné – l’Afrique semble être un continent curieusement épargné...

Tardivement, le clergé catholique aura fini par réagir : les papes Benoît XVI et François présentant leurs excuses aux enfants abusés.

Les viols de religieuses, autre « abominable réalité », commis depuis des décennies au sein de l’Église et jusque-là couverts par une implacable omerta [3], ont également fait l’objet d’une médiatisation récente. Devant le scandale médiatique, l’Église fustige aujourd’hui ces abus sexuels.

Mais un abus sexuel est-il plus grave que la participation à un génocide ? Quand est-ce que l’Église du Rwanda et le Vatican se pencheront sur les cas des prêtres et des religieux coupables de génocide ?

Ces derniers jours le Vatican est confronté aux problèmes de clercs et de hauts dignitaires de l’Église présumés ou coupables d’abus sexuels et de pédophilie. Les victimes sont des sœurs, des femmes ordinaires et des filles, ainsi que de nombreux mineurs des deux sexes.

Les hauts responsables des Églises d’Europe, d’Amérique et d’autres continents, coupables ou complices de ces délits, ont été traduits en justice. Des cardinaux, des archevêques, des évêques ordinaires et de simples prêtres sont punis pour avoir commis ces délits ou avoir couvert ceux qui, étant sous leurs ordres, s’en sont rendu coupables. Très récemment, le Cardinal Georges Pell d’Australie, qui était la troisième personnalité au Vatican, a été condamné à six ans d’emprisonnement pour avoir abusé des mineurs de moins de seize ans. Le primat de France, le Cardinal Barbarin de Lyon, a été condamné à une peine de six mois avec sursis pour avoir couvert un de ses prêtres pédophile. Le Pape vient de refuser sa démission en avançant la présomption d’innocence, le Cardinal ayant interjeté appel. Pour Monseigneur Luigi Ventura, Nonce apostolique à Paris, une levée d’immunité a été demandée afin qu’il soit jugé pour abus sexuels. L’Archevêque Theodore Edgar Mc Carrick, de Newark, en Amérique, a été puni pour ces délits. En Pennsylvanie et au Chili des évêques ont été réduits à l’état laïc pour de tels délits.

Le moment est opportun pour demander ce que l’Église catholique réserve aux clercs et religieux du Rwanda, libérés ou encore en prison, qui ont été condamnés pour implication dans le génocide, à des niveaux différents. Lequel des deux délits, l’abus sexuel et le génocide, est-il le plus grave ? Quand est-ce que l’Église du Rwanda et le Vatican se pencheront sur les cas des clercs coupables de génocide ? Les évêques rwandais ignorent-ils que la législation civile ne remplace pas la législation canonique ?

1. L’Église catholique dans des eaux troubles, devant assumer des conséquences économiques et morales

Bien que ces délits sexuels aient été punis par justice dans différents pays et continents, le Pape François n’a pas voulu se réserver à lui seul la charge de punir ces « délinquants ». Récemment, entre le 21 et le 24 février 2019, il a tenu au Vatican une session avec les hauts responsables de l’Église et les présidents des Conférences Épiscopales de tous les pays. L’ordre du jour était de fustiger ces abus sexuels. Les diocèses respectifs ont supporté les dépenses infligées par les courts de justice de leurs États au bénéfice des victimes. Il s’en est suivi de graves conséquences pour toute l’Église, dont la baisse des aides des diocèses riches d’Allemagne et d’Amérique, qui fournissaient au Vatican des aides importantes, impactant aussi bien les œuvres du Vatican, le Vatican lui-même que les Églises du tiers-monde. En plus de ces dépenses, certains responsables ont été punis individuellement. Dans certains pays comme l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, des lignes téléphoniques ont été mises à la disposition des victimes pour la dénonciation de ces abus. Et ce n’est pas fini...

Mais avant d’être un problème juridique ou économique, c’est avant tout, bien sûr, un problème moral. Les désertions sont certainement nombreuses dans toutes les Églises qui ont connu ces problèmes d’abus sexuels. Au Rwanda, les désertions étaient déjà notoires au lendemain du génocide. Elles sont encore plus nombreuses après la réhabilitation des sœurs, des frères et des clercs, que les diocèses et les Instituts religieux ont réhabilités en faisant fi de leur condamnation pour génocide par les instances officielles, classiques ou populaires (gacaca). Ils font comme si de rien n’était...

Des témoins oculaires racontent des cas de fidèles tombés en syncope après avoir vu sur l’autel, après leur libération, l’un des prêtres qu’ils avaient vu sur les barrières durant le génocide ; l’un des prêtres qui avait participé aux réunions qui condamnaient à mort les Tutsi injustement accusés d’intelligence avec le FPR ; après avoir revu dans ses activités éducatives ou caritatives un frère ou une sœur qui avait livré des Tutsi. Des confrères ou des consœurs de génocidaires, religieux ou clercs, ont quitté leurs instituts.

C’est là une autre forme de désertion qui fait suite à ces scandales : il n’est pas donné à tout le monde d’échanger le baiser de paix au cours de la messe, de partager la prière, et même le repas, avec un confrère ou une consœur coupable d’une si haute trahison : la participation au génocide des Tutsi. Trahison vis-à-vis de l’Évangile et des vœux solennellement assumés.

Ce n’est pas seulement aujourd’hui, sous le Pape François, que ces cris d’alarme sont lancés. Sous ses prédécesseurs, ces cris ont été étouffés. Les papes Paul VI et Jean Paul II ont fait beaucoup de choses pour l’Église, mais ce domaine leur a échappé ou a été totalement négligé.

Paul VI et Jean Paul II se sont bornés à l’interdiction des préservatifs aux chrétiens soucieux de se protéger contre le Sida ou soucieux d’utiliser ce moyen pour limiter les naissances.

Vis-à-vis des clercs, ces papes se sont limité à refuser, uniquement aux prêtres des pays du Tiers monde, la réduction à l’état laïc. Aucun prêtre d’un diocèse d’Europe ou d’Amérique du Nord ne peut passer une année sans recevoir une réponse favorable à sa demande de réduction à l’état laïc. Mais ceux qui, dans les pays appelés « pays de mission » ou « du Tiers Monde » (Afrique, Asie, Amérique du Sud), renoncent au sacerdoce ministériel, passent toute leur vie sans jamais obtenir leur droit de réduction à l’état laïc, pourtant prévu par la législation de l’Église.

Il a toujours été brandi, avec un racisme certain, que « seuls les prêtres africains étaient incapables de respecter le vœu de célibat » ! L’histoire ne vient-elle pas de démontrer que, blancs ou noirs, nous avons tous le même corps. Qu’en dit le Vatican ? Qu’en disent les diocèses concernés ? Le Vatican prétend-t-il encore que seuls les prêtres africains ou du Tiers Monde sont incapables de supporter le célibat sacerdotal ?

Que le Vatican fasse maintenant les investigations nécessaires ou les études appropriées, après les révélations de tous ces cas de pédophilie et d’autres abus sexuels en Europe et en Amérique ; surtout s’il s’agit de hauts dignitaires de l’Église. Que ces investigations se fassent en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, et que l’on nous en montre les résultats.

Le silence devant ces abus aurait été l’une des raisons de la démission de Benoît XVI. À cela s’est ajoutée la divulgation des secrets du Vatican, volés par son majordome (secrétaire particulier), secrets publiés en plusieurs volumes dont certains sont en possession du signataire de cet article.

2. Les évêques du Rwanda ne sont pas meilleurs que leurs pairs américains, australiens, chiliens….

La session de février 2019 au Vatican [4] a émis des décisions importantes, et il le fallait ; certaines Conférences Épiscopales nationales en ont fait écho chez elles. C’est le cas de celle du Rwanda. Mais elle n’a parlé que de ce qui s’est dit dans cette session de février au Vatican.

Cette occasion était pourtant opportune pour ajouter que les problèmes de l’Église ne sont pas seulement les abus sexuels, mais aussi et surtout le crime de génocide. Jusqu’ici la Conférence épiscopale rwandaise n’a dit aucun mot au sujet des clercs et des religieux coupables et condamnés pour génocide. Elle n’a pas encore parlé des prêtres et des religieux génocidaires ou complices de génocide. Quand en parlera-t-elle ? Jusqu’à quand continuera-t-elle d’abuser de la patience des victimes ?

Ce ne sont ni la sacramentalisation, ni les sacrilèges, qui permettront à l’Église du Rwanda de redorer son image. Le proverbe rwandais dit que « le Roi ne tue jamais, mais que ce sont ses conseillers qui tuent ». Or les évêques rwandais sont les seuls conseillers indiqués pour expliquer au Vatican le génocide commis contre les Tutsi au Rwanda et dont des prêtres et des religieux sont complices et coupables.

Toutefois, le Pape François a eu beaucoup de courage. Est-ce qu’il ne subira pas le sort de Jean Paul I qui n’a fait que trente trois jours de papauté pour avoir dénoncé les abus financiers de la Banque Vaticane, en collaboration avec la Banque Ambrosiano-Veneto, sous un certain Mancilenkus, lui-même évêque présumé coupable d’abus sexuels ?

Est-ce que les évêques rwandais ne risquent pas de subir le sort des Cardinaux, des Archevêques et d’autres confrères punis pour couverture de clercs coupables d’abus sexuels ? Avec quel parapluie se couvrent les évêques catholiques rwandais pour se croire ainsi intouchables ?

Les évêques rwandais n’ont jamais dit la vérité au Vatican, ni au sujet du génocide lui-même, ni au sujet des clercs qui y ont pris part.

Aujourd’hui, ils parlent des fidèles qui se sont impliqués dans le génocide, mais sans spécifier que des prêtres et des religieux y ont également participé. Et pourtant, dans beaucoup de réunions de l’après génocide, surtout dans les années 1995-1999, les prêtres rwandais n’ont jamais cessé de demander à leurs évêques de faire des investigations dans leurs diocèses respectifs au sujet des prêtres impliqués dans le génocide.

Lorsque nous en parlions, les prêtres hutu extrémistes allaient nous accuser chez les évêques, affirmant que nous étions en train de gâcher les préparatifs du Jubilé de l’An 2000 (100 ans d’évangélisation du Rwanda) et du synode qui l’a suivi. Aucun diocèse n’a fait ce travail de réflexion, et aucun n’a montré les résultats d’éventuelles investigations.

L’Église du Rwanda a construit sur le sable depuis sa fondation, et maintenant elle récolte ce qu’elle a semé. Jusqu’ici, elle n’a jamais fustigé les divisions semées, depuis 1900, par les premiers évangélisateurs. Ce sont ces divisions qui sont à la base du génocide perpétré contre les Tutsi. Nous y reviendrons longuement dans un ouvrage à paraître.

L’Église catholique du Rwanda a son propre Tribunal. Elle ne cesse de faire des émissions sur Radio Maria à son sujet. Mais elle n’a jamais évoqué de procès qu’elle y aurait tenu, même dans des domaines autres que le génocide. Si l’ Église ne reconnaît pas les verdicts des tribunaux civils, pourquoi ne tient-elle pas ses propres procès ?

Le seul diocèse qui a réduit à l’état laïc des prêtres coupables de pédophilie ou d’adultère, celui de Butare, l’a fait tout en sachant qu’il y a dans presque tous les diocèses des prêtres coupables de génocide et même condamnés par la justice pour ce délit. Monseigneur Philippe Rukamba a même, dans sa paroisse, un prêtre qui a été condamné pour génocide par deux fois, et qui concélèbre avec lui tous les jours.

L’évêque de Butare représentait la Conférence Épiscopale du Rwanda dans la réunion de février au Vatican. Lorsque le Pape a parlé des cas d’abus sexuels, cet évêque n’a-t-il jamais pensé que l’Église du Rwanda a des prêtres génocidaires ou complices de génocide, délit plus grave que les abus sexuels ? Croit-il que ce délit restera caché pour longtemps ? Pour combien de temps les évêques rwandais continueront-ils a pratiquer la politique de l’autruche ?

Un Rwandais a dit : « Est-ce que le Roi (du Rwanda) est au courant de tout cela (Ese ibyo byose Umwami arabizi) ». Et comme ce Rwandais, je dirais : « Est-ce que le représentant du Roi de l’Univers sait tout cela  » ? Certes, le Roi de l’Univers le sait, mais son représentant ne le sait pas puisque ses représentants au Rwanda ne lui en ont encore rien dit. Mais il finira par le savoir ; et les évêques rwandais le paieront, cher !

3. Un jour l’Église du Rwanda aura à répondre sur le système de deux poids et deux mesures

L’Église du Rwanda a toujours excommunié les chrétiens qui « convivent » [5]. Et même ceux qui assistent à ces mariages sont, eux aussi, excommuniés. Les enfants de tels couples, — innocents qu’ils sont — vivent sans baptême jusqu’à la fin de l’École primaire.

Et pourtant cette Église donne les sacrements aux génocidaires et à leurs complices qu’elle connaît bien, et elle le fait sans rien leur dire, sans les mettre devant leurs responsabilités, ne fut-ce que dans les différentes instructions ou dans les contacts privés. Elle permet aussi aux prêtres coupables de génocide d’administrer les sacrements, et donc d’excommunier leurs fidèles !

Or, en théologie morale, on nous a appris qu’il n’est pas permis de confesser un complice. Serait-ce une erreur de dire que les responsables de l’Église du Rwanda sont, eux aussi, complices, tout comme ces évêques ou cardinaux qui couvrent les prêtres coupables d’abus sexuels ?

Certains diocèses cachent dans leurs évêchés ou dans leurs paroisses des prêtres coupables de génocide ou de complicité dans ce dernier, et qui ont été punis par la législation civile. À la sortie de la prison, ces prêtres se sont mis à concélébrer avec leurs évêques et d’autres prêtres devant des dizaines de sœurs et d’autres paroissiens. Nous utilisons le terme « cacher » parce que ces prêtres n’apparaissent pas dans d’autres célébrations. Mais une messe garde toujours sa valeur, qu’elle soit célébrée en public ou en privé.

Lorsqu’on demande à leurs évêques pourquoi ils leur permettent de célébrer la messe malgré le délit qui pèse sur eux, ces évêques disent que ces prêtres ne célèbrent pas en public. À partir de quel nombre peut-on parler de public ?

4. Quelques cas concrets, diocèse par diocèse

a) Diocèse de Nyundo

— L’abbé Edouard Ntuliye et son « co-paroissien » de Nyange, Jean Emmanuel François Kayiranga, tout au début des procès génocide, furent condamnés à la peine de mort par le tribunal classique, puis acquittés et envoyés en Italie par l’ex-nonce apostolique au Rwanda, Salvatore Pennacchio, pour un soi-disant repos d’une année.

Tous les deux étaient dans le presbytère de Nyange lors de la démolition de l’église sur les 2000 Tutsi qui s’y étaient réfugiés. À son retour d’Italie, en 2001, Edouard Ntuliye a été conduit au tribunal gacaca qui le condamna à la perpétuité.

Son confrère Kayiranga eut l’idée, quelque peu ingénieuse mais saugrenue, de rester en Italie où il a mis sur pied une troupe de tambourinaires qui exhibent la culture rwandaise. Il est même arrivé à ce Kayiranga d’aller au TPIR (Tribunal Pénal International pour le Rwanda) pour plaider à décharge du Bourgmestre de l’ex-Commune Kivumu, qui a collaboré avec l’abbé Athanase Seromba pour la démolition de l’église sur les réfugiés. Edouard Ntuliye, lui, en plus de la complicité de Nyange, a eu un rôle incontournable dans les massacres de la Cathédrale de Nyundo où périrent au moins vingt prêtres tutsi, et beaucoup d’autres Tutsi des environs, paysans, religieux et professeurs, tous confondus. Ntuliye et Kayiranga n’ont rien fait pour empêcher le fou d’Athanase Seromba d’autoriser le chauffeur du Caterpillar de faire cette sale besogne. Au moment du carnage, ils dégustaient une bière dans le salon de la paroisse, sans se soucier aucunement des cris des pauvres Tutsi assassinés.

Monseigneur Alexis Habiyambere, ex-évêque de Nyundo, avait habitué, sans vergogne, l’abbé Edouard Ntuliye, détenu dans la prison de Rubavu, à concélébrer la messe avec lui, ou avec les prêtres. Cela jusqu’à ce que Ntuliye concélébre avec le nouvel évêque de Nyundo, Monseigneur Anaclet Mwumvaneza. Ce dernier, a déclaré qu’il était tombé dans une situation déjà existante, mais que cela ne se ferait plus. Vu sa sensibilité face au génocide, cela ne se répétera certainement pas. C’est un homme de parole.

b) Diocese de Cyangugu

Le diocèse de Cyangugu bat le record aussi bien dans le génocide que dans le négationnisme.

— L’abbé Laurent Ntimugura était à la Cathédrale pendant le génocide. J’étais son curé. Il a toujours fait preuve d’un racisme hors du commun. Les délits qui pèsent sur lui, bien qu’il ai été libéré, sont l’indifférence et la non-assistance à personnes en danger pendant le génocide, mais surtout la dénonciation des cachettes de ceux qui étaient menacés, sans exclure la participation à des réunions qui planifiaient les tueries.

Lorsque nous lui demandions de porter à manger aux réfugiés transférés de la Cathédrale au Stade Kamarampaka, il nous reprochait de vouloir abuser de son identité hutu et il nous réclamait de la bière ; nous lui en offrions alors tant qu’il voulait, mais il ne nous aidait pas, tout en réprimandant les réfugiés avec beaucoup de mépris.

Il n’apparaissait bien sûr jamais dans les tractations en faveur des réfugiés, devant le presbytère. Il s’enfermait dans sa chambre et sortait après, pour ses tournées habituelles dans les bistrots des environs ou dans la ville de Kamembe. Il a été condamné à vingt ans de réclusion. Le lendemain de sa libération, il a commencé à concélébrer dans la chapelle de l’évêché avec l’évêque et les prêtres qui y habitent, devant plus d’une quinzaine de sœurs des couvents des environs. Aujourd’hui, et depuis qu’il est en liberté, il se charge de l’accueil des visiteurs de l’évêché, sans cesser de répandre le négationnisme du génocide.

Monseigneur Jean Damascène Bimenyimana (+), ex-évêque de Cyangugu, battait tous les records dans le négationnisme. Lorsqu’on lui demandait pourquoi il permettait à son prêtre, condamné pour complicité dans le génocide, de célébrer la messe, il objectait qu’il ne célébrait pas en public. Même boutade de la part de tous ces évêques ! Encore une fois, à partir de quel chiffre peut-on estimer qu’une messe est ou n’est pas publique...

— L’abbé Thaddée Ngirinshuti, actuellement âgé de 80 ans, a été condamné pour non-assistance à personnes en danger et complicité dans le génocide. Il a été libéré après 5 ans, sans jugement, moyennant 5000 deutschemark (10 000 000 francs rwandais) offerts par le diocèse de Spire, en Allemagne (Rhénanie Palatinat). Cette information ressort du fax de janvier 2001 envoyé par la paroisse Saint Martin de Kaiserslautern, de ce diocèse, qui a servi d’intermédiaire pour le transfert d’argent destinés aux juges de Cyangugu. Le fax est signé de la main de Madame Gisela Rick, secrétaire du Conseil paroissial de la paroisse Saint Martin. L’évêque de Cyangugu a corrompu les juges par le biais de son ex-chancelier, Félicien Nsabimana. Il est connu que, pour leurs combines, Monseigneur Bimenyimana et les juges de Cyangugu se rencontraient à la Nonciature apostolique de Kigali. Le fax des Allemands se réjouissant pour la libération de leur ami Ngirinshuti est disponible.

L’abbé Ngirinshuti évolue aujourd’hui dans sa paroisse natale de Nyamasheke où il prépare son jubilé des 80 ans. Jubilé pour quels mérites ? Terminer toute une vie en queue de poisson ! Ses amis allemands de Kaiserslautern sont en train de se préparer pour la fête. La date n’est pas encore arrêtée, mais ils auront tout fait — et avec raison... — pour éviter la coïncidence avec les commémorations du génocide à Nyamasheke, qui se fait chaque année le 14 avril. Le jubilé est programmé pour juillet 2019, à côté du site mémorial où reposent, devant l’église, 45 000 Tutsi tués dans l’église et dans les environs.

— Les abbés Innocent Subiza et François Nteziryayo étaient grands séminaristes pendant le génocide. Tous deux sont ressortissants de la paroisse Cyangugu. Ces anciens séminaristes, actuellement prêtres, étaient devenus les patrons de la Maison des Pères Rogationistes, qui surplombe le lac Kivu, où nous mettions les prêtres évacués des paroisses pour désengorger l’évêché. Après le génocide, ils ont été mis en prison tous les deux. Pourquoi ? Le premier avait participé aux expéditions des génocidaires dans sa zone de Gasambu. Leur délit commun fut d’avoir chasser le véhicule qui portait quatre filles tutsi que nous tentions d’envoyer au Congo par le lac pour les sauver en passant par cette Maison, comme nous en avions l’habitude. Après une année ou deux, ils ont été libérés. Le parquet prétendait que puisque ces filles n’ont pas été tuées, cela n’a rien à voir avec le génocide.

Que signifie la non-assistance à personnes en danger, surtout de la part d’un futur pasteur ? Lors de l’ouverture du Grand Séminaire, nous avons conseillé à Monseigneur Bimenyimana de ne pas les réadmettre au séminaire pour ce délit. Il ne nous a pas écouté. Au contraire, il ordonnait les séminaristes aux différents ministères, en cachette, au Petit Séminaire de Cyangugu, à l’insu de leurs paroisses, y compris de la Cathédrale que je dirigeais. Après leur ordination, Innocent Subiza a été exfiltré en Amérique.

— L’abbe Aimé Mategeko, pour en finir avec le diocèse de Cyangugu — mais on en finirait jamais. Monseigneur Bimenyimana a tenté de corrompre les juges de Cyangugu pour la libération de l’abbé Aimé Mategeko, ex-curé de Hanika. Il n’a heureusement pas réussi. L’évêque ne voulait pas que son prêtre soit jugé par le tribunal gacaca de la paroisse de Shangi où il a commis les délits dont on l’accusait et dont on l’accusera toujours. Mategeko est en train d’écoper une peine à perpétuité à Mpanga, District de Nyanza.

En 1994, nous l’avions naïvement dépêché dans sa paroisse natale, croyant qu’il allait travailler à la pacification. Mais au lieu de ça, il s’est rangé du côté de ceux qui condamnaient les damnés. Il est vrai que nous nous sommes trompés sur lui. De l’évêché de Cyangugu où nous nous cachions — s’il convient d’utiliser ce terme — il refusait de porter à manger aux réfugiés du Stade Kamarampaka, prétendant que, puisqu’il ressemblait aux Tutsi, il risquait d’être lynché par les Interahamwe. Mais lorsque nous l’avons envoyé chez lui, à Shangi, il y est allé sans objection... comme si le long de la route, ou même à Shangi, il n’y avait pas d’Interahamwe.

Monseigneur Bimenyimana a mobilisé tous les prêtres de Cyangugu pour aller assister au procès de Mategeko, tous en soutane et clergyman [6], mais ces derniers n’ont pas réussi à intimider les juges, intègres, des assises de Shangi.

c) Diocèse de Butare

— L’abbé Denys Sekamana a été condamné par deux fois, à des époques différentes, pour la complicité dans le crime de génocide. La première fois ce fut dans le tribunal classique de Huye où il a été condamné à 4 ans. En uniforme militaire, en 1994, il portail un fusil à côté de la barrière installée devant l’Institut Catéchétique Africain (ICA) qu’il dirigeait. En d’autres termes, il supervisait les tueries ! Les miliciens avaient pour mission de trier les Tutsi à tuer. Comment est-il concevable qu’un prêtre assiste à des tueries sans jamais implorer pardon pour les victimes ? Et quand bien même les bourreaux ne l’aurait pas écouté, comment peut-il oser continuer à se tenir à leur côté, si ce n’est pour les encourager ? La condamnation à 4 ans aura coïncidé avec les 4 ans qu’il venait d’écoper à la prison centrale de Huye. Après sa libération, il a été curé des grandes paroisses de Nyanza et Cyahinda, et a exercé d’autres charges, entre autres comme conseiller de son évêque pour ce qui concerne le choix des prêtres à envoyer aux études. Longtemps après, on a découvert de nouveaux signes relatifs au génocide : des crânes de gens tués durant le génocide, dans l’enceinte de l’Institut qu’il dirigeait, l’Institut Catéchétique Africain. Il a été finalement condamné à une peine de 15 ans par le tribunal gacaca de Ngoma (Huye). En février 2019, Sekamana vient d’être libéré, pas moins de quatre ans avant la fin de sa peine. On ne sait comment, ni à quel prix. Le lendemain de sa libération, Denys Sekamana célébrait la messe à l’évêché de Butare. Une personne qui l’a vu à l’autel, tout en sachant ce qu’il a fait en 1994, est tombée en syncope. Probablement pour montrer qu’il ne célèbre plus en public, il célèbre maintenant le soir pour deux auxiliaires de l’apostolat, les Allemandes Adelaïde et Maria Hutler, qui habitent dans les enceintes de l’évêché. Probablement que pour l’évêque de Butare, une telle messe n’est pas célébrée en public. Mais 2 ou 15 personnes, cela importe peu. Pour nous, le problème n’est pas tant le nombre de personnes qui assistent à la messe que le fait qu’un tel personnage puisse célébrer des messes.

— L’abbé Hormisdas Nsengimana était recteur du Collège Christ-Roi pendant le génocide. Tout Nyanza sait qu’il a fait tuer les prêtres de la paroisse de Nyanza. Du Cameroun où il s’était réfugié, il a été conduit au Tribunal d’Arusha. Ce dernier l’a acquitté. Mais n’eut été la corruption des rescapées de Nyanza par l’abbé Denys Sekamana lorsqu’il était curé de cette paroisse, Hormisdas aurait écopé de la perpétuité. De pauvres veuves ont témoigné à décharge en sa faveur. Parfois la pauvreté rend difficile le refus d’une grosse somme d’argent...

— Monseigneur Philippe Rukamba, évêque de Butare, est président de la Conférence épiscopale du Rwanda. Il représentait l’épiscopat rwandais à la session du Vatican sur les abus sexuels. A aucun moment, lors de cette session, il ne semble avoir médité sur les cas des clercs rwandais qui ont commis des crimes autrement plus graves que les abus sexuels ? À son retour de Rome, il a donné le rapport à ses pairs. Est-ce que lors de la tenue de la CEPR, l’un ou l’autre confrère se serait interrogé sur le cas de ces clercs coupables de crime de génocide ? Aux évêques rwandais d’y répondre. La balle est toujours dans leur camp et y restera tant qu’ils n’éclairciront pas leur position.

d) Diocèse de Gikongoro

— L’abbé Thaddée Rusingizandekwe fut un grand idéologue du génocide, avant 1994, et un tueur pendant le génocide. Il est à la mesure de la RTLM (Radio Télévision Libre des Mille Collines). Il a préparé le génocide et l’a mis en exécution. Il a répandu des tracts anti-tutsi à Rome, en 1990, lorsqu’il était aux études ; en tant qu’ex-aumônier militaire, il a entraîné à la Défense civile les miliciens de l’ex-Commune Gishamvu, actuellement District de Huye. Lorsqu’il était professeur d’Histoire de l’Église au Grand Séminaire de Nyakibanda, il a eu un rôle dans l’incendie de son église natale de Kibeho dans laquelle ont péri des milliers de Tutsi ; et durant toute cette période, il célébrait la messe, jusqu’à la Pâques 2015.

Lorsqu’il devait retourner au tribunal gacaca de Nyakibanda, à la Pâques 2005, son diocèse a déclaré qu’il n’était pas trouvable au presbytère de la Cathédrale de Gikongoro. Et cela jusqu’aujourd’hui ! Mais tout ce temps-là, aussi bien pendant qu’après le génocide, il a continué à célébrer la messe. Même lors de l’incendie de l’église de Kibeho, messes durant lesquelles il était servi par son père, responsable de la Communauté Ecclésiale de Base, qui, par après, s’est retrouvé avec son fils en prison Centrale de Gikongoro où Rusingizandekwe l’a finalement laissé pour parcourir toutes les prisons du Sud du Rwanda. Il a été condamné pour tous ses crimes, emprisonné à Huye, à Gikongoro et à Mpanga, et maintenant son diocèse dit qu’il est introuvable.... Il n’aura été ni le premier ni le dernier prêtre à être exfiltré.

5. Le cas des prêtres emprisonnés au Rwanda et au Mali ou jugés au Rwanda par contumace


a) Les prêtres emprisonnés au Rwanda pour génocide

Que dit l’Église du Rwanda au sujet de ces prêtres encore emprisonnés au Rwanda pour génocide ? Suffit-il de leur allouer un budget et de désigner des prêtres pour les approvisionner en prison, à tour de rôle ?

b) Les prêtres rwandais transférés d’Arusha à Bamako au Mali

— L’abbé Athanase Seromba, qui a fait s’écrouler sur 2000 réfugiés l’église de la paroisse de Nyange dont il était curé, a été condamné à perpétuité par le TPIR d’Arusha, puis transféré au Mali. Qu’a jamais dit le diocèse de Nyundo, sous Monseigneur Habiyambere Alexis ? A-t-il jamais fait ses propres investigations ? Ce n’est qu’en 2018 que Monseigneur Rukamba a dénoncé ce délit lors de l’inauguration de l’église qui a remplacé celle précipitée sur les 2000 Tutsi qui s’y étaient réfugié durant le génocide. Mais pourquoi Monseigneur Rukamba a-t-il attendu si longtemps ?

— L’abbé Emmanuel Rukundo, réfugié burundais de 1972, était incardiné dans le diocèse de Kabwayi ; il a été condamné par Arusha à 25 ans de prison, puis à 23 ans en appel. Envoyé au Mali, il a été libéré avant l’épuisement de la peine, pour bonne conduite en prison. Cette décision fut l’œuvre du juge Theodor Meron. Rukundo n’est pas le seul à avoir été libéré par ce juge avant l’épuisement de la peine. Theodor Meron a terminé son mandat, mais il porte toujours la responsabilité d’avoir traité le génocide comme un délit ordinaire, alors que c’est un délit imprescriptible. Son remplaçant a promis de rectifier les erreurs de son prédécesseur. Attendons les résultats.

c) Les prêtres rwandais condamnés par contumace dans les tribunaux rwandais

Les cas sont nombreux, mais ceux qui sont à notre portée sont :

— Wenceslas Munyeshyaka, du diocèse de Kigali, réfugié en France. Non seulement il est signataire de la lettre adressée au pape Jean Paul II le 2 août 1994 à partir de Goma, — lettre plaidant pour la théorie du « double génocide » — , mais il est également coupable de beaucoup de délits à la paroisse Sainte Famille, dont des cas de viol. Paré d’un gilet pare-balles et armé de pistolet pendant le génocide, il était surnommé le « prêtre soldat ». En France, tantôt il comparaît au tribunal, tantôt il est libéré, tantôt il bénéficie de non-lieu… On ne sait pas comment son cas finira.

— Evergiste Rukebesha, du diocèse de Kabwayi, est en Italie. Il reste à voir ses relations avec son diocèse de provenance et son diocèse d’accueil. Ce dernier est-il informé de la situation juridique du prêtre qu’il a accueilli ? Qui peut l’en informer si ce n’est son évêque ?

— Emmenuel Uwayezu, du diocèse de Gikongoro, dirigeait l’École Marie Merci de Kibeho. Il porte une grande responsabilité dans la mort de ses élèves et d’autres Tutsi du lieu. Il est en Italie avec un statut particulier – et avec des documents provisoires.

Il y en a encore beaucoup d’autres, jugés au Rwanda par contumace. Il est difficile de les énumérer tous. Mais s’il était besoin, une liste complète pourrait être établie. Ces prêtres ont toujours bénéficié de l’autorisation de leurs évêques pour faire les études dans les Universités pontificales de Rome ou ailleurs, et d’exercer dans les diocèses français, américains, italiens et suisses…. L’abbé Athanase recevait même ses documents sous le pseudonyme de Don Atanasio Sumbabula, qui ne figure nulle part dans les registres rwandais. Sous quels noms son ex-évêque de Nyundo, Alexis Habiyambere, lui renouvelait-il les documents exigés par le diocèse italien qui l’a caché si longtemps avant son expédition à Arusha ? Quelles relations a Seromba avec son diocèse rwandais et le diocèse italien qui l’a si longtemps hébergé ?

Les évêques rwandais qui accordaient ces documents à leurs prêtres sont connus, et certains sont encore en vie. Y a-t-il pire négationnisme que celui-là ? Maintenant qu’ils ont osé parler de génocide, et même à charge concernant l’abbé Seromba, sont-ils sincères ou le font-ils par résignation, par pis-aller ou par complaisance vis-à-vis de l’État rwandais ? Il appartient aux évêques rwandais de clarifier leur position, et le cas échéant, de se raviser.

CONCLUSION

1.Quelle différence y-t-il entre les clercs, les religieux et religieuses et les fidèles laïcs ?

Tous les citoyens de tous les pays sont régis par la législation de leurs États. Tous les baptisés sont, en plus, tenus à respecter la législation des Églises de leur ressort. Les fidèles catholiques sont tenus à respecter la législation canonique. Les religieux et religieuses sont tenus à respecter les règles de leurs Instituts. Les clercs ont des articles spécifiques du Droit canon qui régissent leur conduite. Ce sont ces mêmes clercs qui administrent les sacrements aux autres fidèles, religieux et clercs confondus. Comment est-ce que les clercs qui ont trahi leur serment, qui ont tué ou fait tuer leurs ouailles, peuvent encore leur administrer des sacrements ?

Pourquoi est-ce que les évêques ne font pas ces distinctions ? Pourquoi, dans leur demande de pardon de 2016, les évêques rwandais ne font-ils pas la distinction entre les fidèles et leurs pasteurs, et même entre eux et leurs sujets, et même avec l’Institution ? À quoi sert le serment que font les clercs et les religieux lors de leur engagement ?

Si les évêques rwandais comprennent que le génocide est un crime plus grave que la pédophilie, l’adultère et l’homosexualité [7], quand est-ce qu’ils puniront les clercs coupables de génocide ? Quand est-ce que l’Église et les Instituts religieux mettront en application leur propre législation ?

Certes, l’Église n’avait pas prévu le crime de génocide dans sa législation. La législation rwandaise non plus. Mais toutes les deux prévoient dans leurs législations le péché d’homicide ou de meurtre, et de complicité dans ces crimes.

Après le génocide, pour pouvoir juger ceux qui avaient participé aux tueries, l’État rwandais a modifié la loi. Il appartient à l’Église catholique d’ajuster ses propres lois. Mais, entre-temps, l’Église catholique du Rwanda doit prendre ses dispositions, sans attendre un nouveau code de droit canon.

Voilà ci-dessous ce que la législation canonique prévoit pour l’homicide et le meurtre de la part des clercs.

2. Dispositions canoniques à propos des clercs coupables de meurtre

Sur les 7 livres du Code de Droit canon en cours, qui date de 1983, c’est le sixième qui parle des sanctions dans l’Église, tandis que le septième parle des procès. Aucun des deux ne parle de génocide, tout comme la Constitution rwandaise n’en parlait pas avant 1994. Mais cela n’a pas empêché au Rwanda de faire valablement face à ce crime inédit dans son histoire. Il a fait une loi spéciale pour juger les coupables du crime de génocide, et cette dernière a rapidement été mise en application.

Néanmoins, le Droit Canon parle d’homicide et des peines réservées aux clercs responsables de ce crime. Or le génocide est un crime le plus grave de l’homicide ! Il est question de l’homicide au canon 1397 du code actuel en vigueur depuis 1983 dans toute l’Église catholique. Quant aux sanctions relatives, elles sont mentionnées dans le canon 1336 qui énumère les peines expiatoires suivantes pour le clerc coupable de ce crime. Ces peines sont appelées ferendae sententiae en latin parce qu’elles doivent être prouvées par un procès. Or l’État rwandais a fait ses procès. Si l’Église catholique n’admet pas ces procès tenus par les instances civiles, qu’elle tienne les siens propres, puisque son code le prévoit. Voici ces sanctions :

  • l’interdiction ou l’ordre de demeurer dans un lieu ou un territoire donné (canon 1336, & 1, 1) ;
  • la privation d’un pouvoir, d’un office, d’une charge, d’un droit, d’un privilège, d’une faculté, d’une faveur, d’un titre, d’une marque de distinction même purement honorifique (canon 1336, & 1, 2) ;
  • le transfert pénal à un autre office (canon 1336, & 1, 4) ;
  • le renvoi de l’état clérical (1336, & 1, 5).

L’Église catholique sait pertinemment que la législation civile ne remplace pas le droit canon.

Si elle n’a pas tenu et ne veut pas tenir ses propres procès, qu’elle accepte les décisions des instances civiles. Qu’elle ratifie alors les verdicts de la législation rwandaise et les mette en pratique, mais sans oublier qu’elle est liée par les sanctions canoniques prévues par sa propre législation.

Jean Ndorimana

Mis en ligne par Jean Ndorimana
 4/03/2020
CC by

[1Adrien Barbier, En Afrique du Sud, « l’Eglise a tout fait pour passer sous silence l’abus sexuel que j’ai subi », Le Monde, 20 février 2019.

[2Adrien Barbier, En Afrique du Sud, « l’Eglise a tout fait pour passer sous silence l’abus sexuel que j’ai subi », Le Monde, 20 février 2019.

[3« L’Eglise a tout fait pour dissimuler ces viols : décrédibilisation des femmes, éloignement, achat du silence contre de l’argent, messe d’excuses quasi clandestine… » rapporte Marie Cailletet, « Sœurs abusées, l’autre scandale de l’Eglise » dénonce les viols de religieuses, Télérama, 05/03/2019 : « En Afrique, le prêtre prédateur s’appuie sur un système imparable. L’avance sexuelle n’est pas faite im­médiatement. Il procède par étapes, proposant de trouver une maison à la famille, un médecin pour le frère malade. Jusqu’au jour où le propos devient cash : ‘Ah ben, tout cela n’est pas gratuit.’ Les prêtres aident aussi les congrégations. Et les mères supérieu­res n’hésitent pas à leur vendre leurs religieuses en contrepartie. »

[4Rencontre « La protection des mineurs dans l’Eglise », 21-24 février 2019. http://www.vatican.va/resources/resources_puntidiriflessione-protezioneminori_20190221_fr.html

[5mot utilisé dans l’Église du Rwanda pour parler des chrétiens qui se marient sans passer par l’Église.

[6col de chemise romain, porté par les prêtres.

[7adultère et l’homosexualité sont condamnés par l’Église catholique (Ndlr).

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