RFI : Jacques Morel face à Didier Tauzin

RFI déprogramme l’auteur de La France au cœur du génocide des Tutsi

« le premier qui le dit, c’est celui qui l’est »

Aujourd’hui, 4 avril 2011, était prévue, à 19h10, une émission-débat sur RFI, entre Jacques Morel, auteur de La France au cœur du génocide des Tutsi, paru il y a un an aux éditions l’Esprit frappeur, et le général Didier Tauzin, qui a récemment publié Rwanda, je demande justice pour la France et ses soldats, aux éditions Jacob Duvernet.

Enregistrée à 16 heures, cette émission a été déprogrammée en dernière minute, les participants ayant été informés, un quart d’heure avant d’entrer en studio, que l’actualité ivoirienne passerait en priorité.

On ne peut de ce fait que s’étonner que l’émission du jour est en fait consacrée… au programme du Parti socialiste pour les prochaines élections !

Comptons sur les analystes de la cellule africaine de l’Élysée pour prendre soin de vérifier s’ils considèrent opportun de diffuser cette confrontation sans précédent entre un critique et un défenseur des crimes de la France au Rwanda.

Selon nos informations, en dépit du fait que Jacques Morel n’aura pas eu le temps de dire grand chose, il semblerait que cela ait suffit pour faire perdre son sang froid au général Tauzin qui aura lui-même réussi à ridiculiser son point de vue en traitant Jacques Morel de « traître » et d’« assassin ».

Chercheur au CNRS, à Strasbourg en 1994, Morel ne se sera intéressé au Rwanda qu’après le génocide des Tutsi, dont il est devenu le spécialiste le plus éminent par soucis citoyen de dénoncer une politique qui déshonore son pays.

Tauzin, responsable en particulier de l’intervention française de 1993 connue sous le nom d’opération « Chimères », avait alors piloté l’ensemble des forces spéciales – DAMI, disposés au cœur de l’armée rwandaise, et RPIMA venus avec lui en renfort de celle-ci.

Il a certainement sur la conscience nombre de morts qui sont intervenues dans le contexte de cette confrontation – victorieuse – avec le FPR. Les historiens ont pu souvent souligner le fait que, sans le succès de cette intervention militaire française de 1993, le régime génocidaire aurait été alors facilement renversé, et le génocide de 1994 n’aurait pu se produire. En ceci au moins, Didier Tauzin est indirectement responsable de la mort d’un million de rwandais.

Relativement à cette responsabilité historique, le fait qu’en intervenant de nouveau au Rwanda, en 1994 – dans le contexte de l’opération Turquoise –, Didier Tauzin ait pu installer le cantonnement de ses hommes à Murambi, sur les fosses communes d’un des principaux charniers du génocide, pourra sembler anecdotique, mais non moins révélateur de la conscience indigne de ces hommes qui ont accepté de participer à un des principaux crimes de notre temps.

Rappelons au passage que le salaire de ce grand serviteur de l’État, en mission au Rwanda, pouvait être comme celui d’autres officiers du même rang de 80 000 francs, aux trois quarts exonérés d’impôts, plus un certain nombre d’avantages, comme ces indemnités de résidence farouchement négociées par son collègue le colonel Cussac – jusqu’à ce que le Conseil d’État donne raison à celui-ci pour le payement de ces indemnités jusqu’en… octobre 1994.

Ce salaire faramineux, au plus haut de l’échelle des rémunérations de la fonction publique, permet de penser que les consciences de ces messieurs, qui font mine de s’indigner aujourd’hui, étaient en fait simplement corrompues, à tous les sens du terme.

On comprend qu’en demandant « justice pour la France et ses soldats », Tauzin participe à l’effort entrepris par un certain nombre de ses camarades qui tend simplement à tenter d’échapper à la justice qui s’applique au crime imprescriptible dans lequel ils se sont compromis pour se payer de confortables retraites…

Traitant Morel d’assassin, il semblerait que l’officier français ait voulu donner raison au dicton enfantin qui voudrait que « le premier qui le dit, c’est celui qui l’est ».


A lire :

Rwanda : Le général Didier Tauzin défend le rôle de l’armée française pendant le génocide (AFRIKARABIA)

L’opération Chimère (22 février-28 mars 1993)

Source : Assemblée Nationale, (via Réseau Voltaire).

Après l’offensive généralisée du FPR le 8 février, l’armée rwandaise, totalement démoralisée, ne contrôle plus la situation. Le Général Dominique Delort est informé de l’arrivée à Kigali, le 22 février, du Colonel Didier Tauzin, accompagné d’une vingtaine d’officiers et spécialistes du 1er RPIMA, connu sous le nom de Chimère en raison du nom de la station de transmission de ce régiment.

Sur décision du Général Dominique Delort, le Colonel Didier Tauzin reçoit sous ses ordres la totalité des militaires du DAMI, soit 69 hommes au total. Le détachement Chimère regroupe donc le DAMI Panda, déjà présent, et le détachement venu en renfort avec le Colonel Didier Tauzin.

La mission du détachement Chimère consiste à :

- rehausser le niveau technique opérationnel de l’état-major des FAR et d’au moins deux commandements de secteurs ;

- participer à la sûreté éloignée du dispositif Noroît, chaque fois que la situation le nécessite ;

- compléter le niveau d’instruction des personnels des FAR sur les équipements scientifiques ;

- former les spécialistes des FAR sur les équipements nouveaux ;

- être en mesure de guider les appuis aériens.

D’après les documents recueillis par la Mission, l’objectif du détachement était d’encadrer indirectement une armée d’environ 20 000 hommes et de la commander indirectement.

Après un survol en hélicoptère des zones menacées, il est décidé d’envoyer une équipe d’officiers-conseillers auprès de l’état-major des FAR et une équipe de conseillers auprès de chacun des commandants de secteur (Ruhengeri, Rulindo, Byumba). Des éléments du DAMI Génie exercent une mission de conseil auprès des commandants de secteur en matière d’organisation défensive du terrain. Un DAMI Artillerie effectue une mission de conseil en vue de l’utilisation des batteries de 122D30 et de 105 mm.

Les trois équipes de secteurs, les DAMI Génie et Artillerie, opéreront à proximité souvent immédiate des contacts. On note toutefois l’absence de tout dommage, à l’exception d’un blessé léger lors d’un tir ennemi, qui a entraîné une riposte du côté français. S’agissant du bilan des actions de conseil aux FAR, on relève en premier lieu que la seule présence française a entraîné une reprise de confiance quasi-immédiate parmi ces dernières, et corollairement, face à cette « nouvelle pugnacité » des FAR, l’inquiétude du FPR, qui tentera en vain jusqu’au cessez-le-feu du 9 mars, d’améliorer ses positions. Le FPR, arrêté sur ses gains du 23 février 1993, ne progressera plus.

Dans le prolongement de ce qu’avait pu préconiser le Colonel Gilbert Canovas, le Colonel Didier Tauzin insiste à nouveau auprès des FAR sur la nécessité pour elles de prévoir une réserve stratégique, un recrutement de cadres, une réorganisation des unités et la création d’unités de renseignement. Il indique qu’à partir du 15 mars 1993, de nombreuses propositions sont faites au Chef d’état-major rwandais, qui les accepte, et que, dans le cadre de la coopération franco-rwandaise, des plans de défense et de contre-attaque sont élaborés.

Dès le 20 mars, l’armée rwandaise entreprend des réorganisations.

Un officier français estime que cette mission est sans doute la première application à grande échelle depuis 20 ans du concept d’assistance opérationnelle d’urgence et attribue ce mérite à la bonne connaissance du Rwanda par le 1er RPIMA. Il reconnaît également, dans ce contexte, le caractère indispensable de la présence d’éléments de Noroît, qui se révèle dissuasive pour le FPR et rassurante pour le DAMI en cas de difficultés.

La conclusion qu’il tire de cette expérience donne toutefois matière à réflexion. Le coût global (financier, humain, médiatique) de cette opération de stratégie indirecte lui paraît extrêmement faible en regard des résultats obtenus et en comparaison de ce qu’aurait été le coût d’un engagement direct contre le FPR.

Source : Assemblée Nationale, (via Réseau Voltaire).

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Mis en ligne par Michel Sitbon
 4/04/2011

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