La Lettre de La Nuit rwandaise n°4

La gerbe ou les réparations ?

20 avril 2009

Depuis deux ans, des représentants du gouvernement français participent aux événements publics qui rassemblent les rescapés – qui étaient au Rwanda et qui ont échappé à la tuerie – et ceux qu’on appelle les survivants, qui étaient alors en France ou ailleurs, mais qui n’en ont pas moins perdu une bonne part, sinon la totalité, de leurs familles et de leurs proches.

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Et depuis deux ans, le ministère des affaires étrangères fait parvenir une gerbe de fleurs, ornée d’un ruban tricolore. Les mêmes trois couleurs qui pouvaient orner les uniformes des soldats français qui sont intervenus aux côtés des assassins. La gerbe.

Depuis deux ans, on commémore à Paris en faisant mine d’oublier la responsabilité française dans le dernier génocide du XXème siècle.

Aura été évoquée la situation des rescapés, au Rwanda, privés de tout secours. La situation de ceux qui ont perdu toute leur famille est d’autant plus terrible qu’à la misère s’ajoute bien souvent la peur : ils sont les témoins qui n’auraient pas dû survivre. Et les assassins les poursuivent encore, quinze ans après. Ainsi, on tue aujourd’hui des rescapés du génocide de 1994, et ce jusque dans les rues de Bruxelles – où, il y a quelques semaines, un rescapé était poignardé.

Pour la deuxième année consécutive, était demandé avec force que le gouvernement rwandais fasse quelque chose pour les rescapés.

C’est juste. Il est important que le nécessaire soit fait, au plus tôt, pour ne pas laisser dans une totale détresse ceux qui ont survécu miraculeusement. Il est intolérable qu’à la tragédie du génocide s’ajoute celle des rescapés. Quinze ans après, il est grand temps.
Il est surtout grand temps que se pose la question des réparations. Quinze ans après, celle-ci n’a toujours pas été abordée.

Or, le fait que la France a eu de sérieuses responsabilités dans le génocide des Tutsi n’est pas un point de débat historique. Y compris la mission parlementaire consacrée à cette question en 1998 aura largement reconnu l’implication française. La question de savoir s’il s’agissait d’une politique volontaire ou de « maladresses », comme celle du degré de participation directe de l’armée française, peuvent éventuellement être considérées comme encore en débat, en dépit de la très abondante documentation déjà mise à jour. Mais quelle que puisse être l’appréciation de ces questions difficiles, il n’en reste pas moins que des réparations sont dues. Si la France a pu payer les armes du génocide, elle doit payer des réparations.

Et le ministère des affaires étrangères serait mieux avisé d’y songer plutôt que de souiller les cérémonies de commémoration du génocide d’une indécente cocarde tricolore.

Quinze ans ont déjà passé, et les rescapés meurent les uns après les autres, sans avoir été d’aucune façon indemnisés, une moindre chose.

Lançons ici un appel solennel pour que ce scandale cesse aussitôt.

Sans attendre.

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