Kouchner au Rwanda : une faute politique !

Communiqué de presse

Paris, le 27.01.2008

Bernard Kouchner, au Rwanda, a déclaré au sujet du génocide des Tutsis de 1994, que la France avait « certainement commis une faute politique ». « On ne comprenait pas ce qui se passait », ajoute le ministre, faussement modeste. « Mais il n’y a pas de responsabilité militaire », croit-il bon de préciser.

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Pour la première fois, plus de 13 ans après, une part de responsabilité de la France dans le dernier génocide du XXème siècle est officiellement reconnue. Mais…

Il n’y aurait pas de responsabilité militaire ? Le ministre a-t-il oublié de consulter le rapport d’African rights , publié dès 1995, celui de la Mission d’information parlementaire, en 1998, consacré aux opérations militaires françaises au Rwanda entre 1990 et 1994, ou encore celui de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et de Human Rights Watch , en 1999 ? Il aurait peut-être dû assister aux audiences de la Commission d’enquête citoyenne, en 2004, et lire le rapport publié la même année…

Cet ensemble très considérable de travaux atteste de façon absolument indiscutable de la participation de l’armée française à la formation de l’armée rwandaise, auteur du génocide. Présente aux côtés des futurs génocidaires dans les années qui précèdent, elle l’est aussi pendant le déroulement de celui-ci, en 1994. Reste à savoir si elle y a « participé » directement. En 2004 on pouvait recueillir à ce sujet le témoignage du général Dallaire, chef de la Minuar, la modeste force d’interposition de l’ONU, présente pendant le génocide. Interviewé par Le Figaro, Dallaire déclarait : « les Français encadraient les unités de l’armée rwandaise comme la garde présidentielle et étaient présents dans les quartiers généraux… ». Au micro de Daniel Mermet, sur France Inter , le même Dallaire redira que, des militaires français, « il y en avait plein à l’état-major de l’armée rwandaise », et « en particulier dans la garde présidentielle ». « À quelle date ? » demande Mermet. « Mais tout le long, bien sûr », répondait le général canadien.

« On ne comprenait pas ce qui se passait » ? Ainsi, M. Kouchner, envoyé spécial de F. Mitterrand au Rwanda pendant le génocide, aurait été bien avisé de regarder le journal de 20h00 de France 2 du 24 janvier 1993, soit plus d’un an avant le génocide, qui dénonçait déjà la préparation d’un génocide par les autorités rwandaises, ainsi que le soutien politique et militaire du gouvernement français de l’époque. Incompétence ou intoxication ?

« Une faute politique » ? Mais pourquoi ne pas nommer les fautifs ? Et comment qualifier ceux qui ont décidé au plus haut niveau de financer l’encadrement, la formation et jusqu’à l’armement de l’armée génocidaire rwandaise ? Souvenons-nous de ce « conseil des ministres restreint » du 2 avril 1993, quand Michel Roussin, chargé de la coopération militaire française au Rwanda, obtenait d’Edouard Balladur l’augmentation de ses « moyens » pour fournir toujours plus d’armements à ceux qui préparaient déjà le génocide. Nicolas Sarkozy, alors Ministre du Budget, signait-il les chèques ?

La vraie faute politique de Bernard Kouchner, c’est la dissimulation de la complicité de génocide dont se sont rendues coupables les autorités politiques françaises de l’époque. La reprise des relations diplomatiques entre la France et le Rwanda ne doit pas se faire au détriment de la vérité et de la justice.

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Contacts :

Xavier Renou, porte-parole du collectif « génocide made in France »

06 64 18 34 21

xrenou2@wanadoo.fr

Site : www.genocidemadeinfrance.com

Revue « La Nuit rwandaise »

09 52 73 81 53

contact@lanuitrwandaise.net ;

Site : www.lanuitrwandaise.net

Notes :

- Death, Despair and defiance, African Rights, 1995, Londres.

- Aucun témoin ne doit survivre, éditions Khartala, 1999, Paris.

- L’horreur qui nous prend au visage, éditions Khartala, 2004, Paris.

- J’ai serré la main du diable, Là-bas si j’y suis, France Inter, mars 2004.

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